L’histoire que je vais raconter maintenant traite de la guerre entre les Abzakhs el les Qabardes. Jadis, les Abzakhs, s’étant établis dans un endroit qu’ils appelaient Toubahachibl et ayant partagé les terres entre eux, y firent un village et s’établirent. Un jour, quelques cavaliers qabardes qui passaient par là en allant voler les Russes, pour en faire des esclaves, aperçurent le villages Abzakh. Au retour dans leur village qui se situait dans la région de Qabartey-Toatche, ils racontèrent : « Ainsi et ainsi, nous avons vu un village, envoyez-y nous ensemble et faites-nous en ramener les habitants ». Quelques centaines des cavaliers ayant quitté Qabartey-Toatche, ils vinrent emmener les Abzakhs. Lorsqu’ils arrivèrent, vers le crépuscule, ils sautèrent des chevaux et s’assirent à un endroit. Les Abzakhs, les apercevant, se dirent : « Apprenons qui sont ces gens-là ! » et ils y envoyèrent deux personnes. Et parce que le village des Abzakhs était petit, les Qabardes les traitèrent en quantité négligeable et leur dirent leur intention. Les deux cavaliers, revenant au village : « Ce sont des Qabardes, dirent-ils. Leur intention est d’emmener le village ». Ayant entendu cela, les Abzakhs se levèrent et entrèrent, la nuit, dans une vallée profonde. La vallée ne possédait pas de sortie et l’entrée ne laissait passer qu’un seul cavalier à la fois ; à droite, un précipice dont on ne pouvait plus sortir une fois tombé dedans ; à gauche, une paroi abrupte, impraticable ; telle était la vallée. Les Abzakhs y entrèrent, et pour qu’il n’y puisse entrer qu’autant de leurs poursuivants qu’ils pourraient en vaincre, ils coupèrent des arbres et les attachèrent à des arbres vivants. Ils firent cela pour que ces arbres, en tombant sur le chemin lorsqu’ils couperont les liens, coupent la route. Lorsque le matin vint, les Qabardes entrèrent dans le village. N’ayant trouvé personne, ils trouvèrent le chemin qu’ont pris les Abzakhs, et tout en le suivant, ils entrèrent dans la vallée. Les Abzakhs se dirent : « S’ils deviennent plus nombreux que cela, nous ne pourrons pas les vaincre. » Et sans laisser tous les Qabardes entrer dans la vallée, ils firent retomber les arbres. Ils coupèrent en deux les Qabardes qui sont entrés dans la vallée. Une partie resta du côté des Abzakhs, l’autre partie resta sans pouvoir entrer dans la vallée, sans pouvoir lutter aux côté de leurs amis. Il y avait, parmi les Qabardes, trois frères ; leur cadet resta parmi ceux qui sont passés du côté des Abzakhs. Lorsque les Abzakhs commencèrent à massacrer ceux qui étaient entrés dans la vallée, les deux frères aînés dirent : « Si nous partons en laissant là notre cadet, comment pourrons-nous regarder en face les habitants de notre village ? » Et ayant contourné la vallée, ils trouvèrent un endroit, quoique impraticable pour les chevaux, mais où ils pouvaient entrer dans la vallée en glissant. Ayant peur que les chevaux se refusent à y entrer, les deux frères leur bandèrent les yeux, et assis à l’extrémité de leurs croupes, ils firent glisser les chevaux. Lorsque les deux frères se mêlèrent à la masse des Abzakhs, ils aperçurent leur frère cadet, soulevé au bout d’une baïonnette. Le frère cadet, de son côté, lorsqu’il vit que ses deux frères aînés l’ont rejoint, cria à l’un d’eux : « Borok ! Borok ! Tu me disais “petit merdeux ! petit merdeux !”, ne suis-je pas plus grand que toi maintenant !? » dit-il. Les Abzakhs tuèrent tous ceux qui y sont entrés. Quant aux Qabardes qui ne purent pas entrer dans la vallée, ils se retournèrent et s’en furent. Lorsque les Abzakhs revinrent dans leur village, ils y entrèrent ensemble avec un certain jeune homme Antsoko qui n’était pas avec eux à la guerre. Lorsque le garçon vit les poignards et les épées que les Abzakhs avaient pris aux Qabardes, il leur demanda : « Où avez-vous pris tout cela ? » Et les autres lui racontèrent ce qui s’était passé. Après cela, le garçon monta sur son cheval et s’en fut poursuivre les Qabardes. Après deux jours de chemin, les Qabardes arrivèrent au pays des Bjedoukhs ; là, ils entrèrent dans une cabane et s’endormirent Pendant que ces hommes dormaient, couchés en désordre, au hasard, et que les chevaux se reposaient dans l’herbe, le garçon abzakh les rejoignit, fixa solidement la porte sur eux, mit le feu à la cabane, les brûla, et ayant pris leurs chevaux, il revint. Lorsqu’il entra dans son village en poussant les chevaux devant lui, les habitants de son village lui demandèrent : « Où as-tu pris ces chevaux ? » Le garçon leur répondit : « Pendant que les Qabardes étaient dans le pays des Bjedoukhs, je les ai rejoints et je les ai brûlés. » Mais ceux-ci lui répliquèrent : « Tu es un assassin ! Nous, ils nous ont attaqués et nous les avons donc tués. Toi, tu as mis le feu à des musulmans qui dormaient et tu les a brûlés. Tu es un assassin ! » dirent-ils, et ils chassèrent le fils Antsoko de leurs rangs. Après cela, les gens ne voulaient pas manger à la même table que lui, ils ne le laissaient plus entrer chez eux. Lorsque sa situation devint telle qu’il ne pouvait plus rester dans ce pays, le garçon s’enfuit ; il alla à Boukhara et là il se joignit aux gens qui allaient à la Kaaba et partit avec eux. Il resta à la Kaaba un an ou deux, puis, habillé en hādjī, il revint dans son village. Lorsqu’il retourna parmi les Abzakhs, et que ceux-ci le questionnèrent : « Où étais-tu ? qu’as-tu fait jusqu’à maintenant ? » « Je suis allé à la Kaaba et je suis devenu hādjī. Et on m’a pardonné mes péchés » leur répondit-il ; alors les Abzakhs l’acceptèrent de nouveau parmi eux et le marièrent. Lorsqu’un garçon lui est né, on lui donna le nom de « fils de hādjī ». Par la suite, le nom clanique du garçon devint « Antsoko, de la lignée des Fils-de-hādjī ».
S1
həgˡ se mə-qqəsˀ˚esˡ̌tə-tχədeżer abzaχemre qqabartteyχemre yạ-zawe.
Au retour dans leur village qui se situait dans la région de Qabartey-Toatche, ils racontèrent : « Ainsi et ainsi, nous avons vu un village, envoyez-y nous ensemble et faites-nous en ramener les habitants ».
La vallée ne possédait pas de sortie et l’entrée ne laissait passer qu’un seul cavalier à la fois ; à droite, un précipice dont on ne pouvait plus sortir une fois tombé dedans ; à gauche, une paroi abrupte, impraticable ; telle était la vallée.
Les Abzakhs y entrèrent, et pour qu’il n’y puisse entrer qu’autant de leurs poursuivants qu’ils pourraient en vaincre, ils coupèrent des arbres et les attachèrent à des arbres vivants.
Les Abzakhs se dirent : « S’ils deviennent plus nombreux que cela, nous ne pourrons pas les vaincre. » Et sans laisser tous les Qabardes entrer dans la vallée, ils firent retomber les arbres.
Ayant peur que les chevaux se refusent à y entrer, les deux frères leur bandèrent les yeux, et assis à l’extrémité de leurs croupes, ils firent glisser les chevaux.
Pendant que ces hommes dormaient, couchés en désordre, au hasard, et que les chevaux se reposaient dans l’herbe, le garçon abzakh les rejoignit, fixa solidement la porte sur eux, mit le feu à la cabane, les brûla, et ayant pris leurs chevaux, il revint.
Le garçon leur répondit : « Pendant que les Qabardes étaient dans le pays des Bjedoukhs, je les ai rejoints et je les ai brûlés. » Mais ceux-ci lui répliquèrent : « Tu es un assassin !
S39
tte qqəttezewaɣeχetəy ttəwəkˡˀəɣаɣeχ.
тэ къытэзэуагъэхэти тыуыкIыгъагъэх ;
Nous, ils nous ont attaqués et nous les avons donc tués.
S40
we reččˡəyere-bəsləmenəχeme maś˚ˀe yạptəy bɣestəɣeχ.
Lorsque sa situation devint telle qu’il ne pouvait plus rester dans ce pays, le garçon s’enfuit ; il alla à Boukhara et là il se joignit aux gens qui allaient à la Kaaba et partit avec eux.