Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire. (Il y avait) un enfant (qui) s’appelait Patsitse-le-Corbeau. Ses parents le chérissaient beaucoup. Cependant (voila qu’)il était sorti de sa maison. Il était là (parmi les gens), sans savoir où aller ni que faire. Un jour, sa mère lui dit : « Patsitse-le-Corbeau, va au jardin et apporte-nous une brassée de plante à balai, pour balayer si on n’a rien d’autre à faire. » « D’accord, mère, avec joie, je vais t’en apporter » dit-il, et il alla au jardin. Il sortit du jardin et monta par derrière sur une colline qu’il aimait, même enfant, pour regarder. Une fois monté, il s’égara et, n’ayant pas retrouvé son chemin, il descendit de l’autre côté. Il marcha des jours et des nuits. Comme il était fatigué, il se coucha à côté d’un (vieux) puits. Il mit la faucille qu’il avait prise avec lui pour couper les plantes à balai à côté de lui et s’endormit profondément. C’est qu’il s’était beaucoup fatigué. Ensuite, lorsqu’il entendit des cris et qu’il se réveilla, et qu’il vit venir de derrière la montagne un groupe de géants, il eut très peur. Lorsqu’il comprit que les géants allaient l’attraper, il feignit de dormir. Mais les géants l’attrapèrent et l’emportèrent chez eux. La nuit (venue), il se coucha pour dormir. Quand il fut couché, pendant son sommeil, les géants dirent : « Ce soir, quand il dormira, nous tuerons ce garçon. » Toute la nuit, le géant le flatta, lui témoigna du respect — avec l’arrière-pensée qu’il allait le tuer le lendemain — et, lorsqu’il eut couché Patsitse-le-Corbeau, pendant que celui-ci dormait ou faisait semblant de dormir, un des géants monta au grenier pour lui verser de l’eau bouillante dessus. Patsitse-le-Corbeau fit semblant de dormir — il y avait là, dans le coin, une grosse souche — il la mit à l’endroit où il devait dormir et lui-même alla se placer dans le coin. Les géants déversèrent de l’eau bouillante toute la nuit. Lorsque le matin ils entrèrent (dans la pièce) pour le manger s’il était [bien] cuit, Patsitse-le-Corbeau était (toujours) là ! « Mon Dieu, mon Dieu, dit le géant , tiens ! (avec) autant d’eau bouillante… as-tu pu dormir, Patsitse-le-Corbeau ?! » qu’il a dit. « J’ai dormi, d’accord, mais j’ai transpiré, puis j’ai eu aussi un peu chaud, mais c’est tout : c’est bien, c’est bien, j’ai été à l’aise, j’ai dormi, merci à vous pour cette nuit. » Les géants étaient très étonnés du fait qu’après avoir reçu tant d’eau bouillante, il ne soit pas cuit ! « Alors, dirent-ils la nuit suivante, nous allons l’endormir et nous le tuerons à minuit. » La nuit suivante ils le couchèrent, et lorsque le géant entra dans la pièce pour le tuer, Patsitse-le-Corbeau bondit de sa couche et dit : « Ah, géant ! Vers cette heure-ci ma mère me préparait toujours un peu de beurre fondu et me donnait à manger. Y a-t-il quelque chose que vous seriez capables de faire ? » a-t-il dit. (Celui-ci répondit :) « Existe-t-il quelque chose que nous ne soyons pas capables de faire ? N’étais-tu pas, cette nuit , notre invité ?! » Ils lui préparèrent sur le champ du beurre fondu chaud et lui donnèrent à manger. Il se coucha pour dormir. Lorsqu’il fut couché, ils montèrent , la nuit, au grenier et se préparèrent à lui lancer des couteaux, mais il prit de nouveau la grosse souche et la mit dessous, là, à l’endroit où il dormait. Toute la nuit, les géants lançaient des couteaux d’en haut, les enfonçaient dans la souche et, lorsqu’ils s’apprêtaient à entrer dans la pièce, lui-même courut et se recoucha (à sa place). Dès qu’ils entrèrent il ouvrit les yeux. Ils s’étonnèrent fort : « N’aurions-nous encore pas tué celui-ci ?! » « As-tu pu dormir, Patsitse-le-Corbeau ? » dirent-ils. « Comment n’aurais-je pas pu dormir ? (…) Mais il y a, dans cette pièce, quelques puces et elles m’ont empêché de dormir. Mais ça va, ça va, c’est bien, merci à vous, j’ai dormi. » « Mon Dieu, mon Dieu , que ce Patsitse-le-Corbeau est affreux, dirent les géants, on ne peut rien contre lui. » Alors, dirent-ils, c’est toi qui l’as apporté, rapporte-le donc là où tu l’as pris, de toute façon, nous n’en viendrons pas à bout. » Ainsi, ils le mirent sur les épaules du géant qui l’avait trouvé et ils le lui firent remporter dans la forêt. (Alors), Patsitse-le-Corbeau eut peur qu’il ne le rapportât jusque chez lui. Il le conduisit auprès d’un cerisier, en recourba une branche et lui dit : « cueille quelques cerises et manges-en, géant » Pendant que le géant mangeait des cerises, il laissa échapper la branche du cerisier à laquelle le garçon était accroché ; celui-ci tomba, au milieu de la forêt, sur le dos d’un lion qui l’emporta. Criant et hurlant sans cesse Patsitse-le-Corbeau effraya le lion qui le désarçonna. Lorsqu’il fut désarçonné, il s’enfuit encore cette fois-ci et revint. Lorsqu’il revint, les géants (dirent) : « Mon Dieu, mon Dieu, il est encore revenu ! le lion ne l’a pas mangé, et il n’y a rien eu du tout ! Tu criais! dirent-ils, qu’est-ce que tu faisais ? » « Je chantais, j’étais content, pendant qu’il me transportait si vite. » Derechef : « Remporte-le là où tu l’as pris ! » dirent-ils ( au premier géant) et ils le lui donnèrent. Lorsqu’ils le lui eurent donné, et pendant que le géant le remportait assis sur ses épaules, Patsitse-le-Corbeau vit un groupe de géants en train de se lancer des pierres, au bord ( du chemin). « Hé ! dit-il, toi ! arrête-moi là et laisse-moi regarder ces lanceurs de pierres ! » Il s’approcha d’une énorme pierre et dit : « Moi aussi, je vais lancer une pierre ». « Tu as l’intention de lancer ça ? — Je le veux absolument », dit-il. Il s’approcha de la pierre, et, pas plus grand que celle-ci, là, il demanda aux géants : « Derrière cette montagne là-bas ; y a-t-il un village ou des hommes ? » « (Oui) il y en a, là-bas ; il y a un village de géants derrière la colline, non ! ça ne va pas ! » dirent-ils. « (C’est) pour ne pas les tuer lorsque je lancerai cette pierre. » « Pour l’amour de Dieu, laisse-la par terre, ne lance rien derrière la montagne, tu les tuerais sûrement ! » dirent-ils. « Mon Dieu, mon Dieu, qu’il est fort celui-là, qui pourtant nous apparaît petit, est-ce qu’il pourra lancer cette pierre à une telle distance ? » Ensuite, l’ayant enlevé de là, pendant qu’ils avançaient, Patsitse-le-Corbeau assis sur les épaules du géant, ils virent un groupe de géants se baigner dans l’eau. Patsitse-le-Corbeau s’approcha et dit : « Moi aussi, je vais me baigner », il descendit de l’épaule de ce géant et, pendant qu’il se baignait les géants essayèrent, encore une fois, de lui faire peur. Ensuite, comme il avait un peu de fromage qu’il avait pris aux géants, il plongea sous l’eau, emportant le fromage. Il l’y enfonça et dit : « Regardez ce que je vais faire de ça, comme je vais faire couler de l’eau de cette pierre ! » et il plongea la main (sous l’eau). Et, pendant que les géants regardaient, il prit le fromage et, lorsqu’il le serra, l’eau s’en écoula. Il le jeta comme s’il l’émiettait. Alors, il fit de nouveau une grande peur aux géants. De nouveau, ils dirent : « Remporte-le ! » et ils le mirent sur les épaules du géant et, pendant que celui-ci le remportait, (voici que) des géants apportent du bois pour le brûler. « Non ! Arrête-les là un moment, dit Patsitse-le-Corbeau, ne vois-tu pas de quelle manière ils apportent là du bois ?! » « Que vas-tu faire ? » dit le géant. — Là-bas , répondit-il, ceinturez cette forêt-là avec une corde ! » — Pourquoi la ceinturer ? demandèrent les géants. — J’arracherai les arbres tous ensemble, puis je les mettrai sur mon dos, et je les emporterai d’un seul coup, là-bas, au village, nous les brûlerons pendant tout l’hiver, ça vaut mieux, tu ne pourras pas vivre ainsi, en emportant chaque jour un arbre puis un autre. » — Pour l’amour de Dieu ! dirent les géants, tu ne peux pas agir comme ça , tu ne dois pas, non plus, arracher la forêt entière, elle n’est pas toute à nous. » Et il l’en éloignèrent avec peine. Ensuite, le géant le mit de nouveau sur ses épaules et se mit à l’emporter. Ayant vu des géants portant des récipients pleins d’eau attachés sur leur dos : « Arrête-les ici ! dit Patsitse-le-Corbeau. Moi, ce puits, je vais piocher tout autour, puis je vais le mettre d’un seul coup, tel qu’il est, sur mon dos et l’emporterai au village, ça vaut mieux, sinon, vous ne pourrez pas en boire ainsi, en la transportant chaque jour dans des tonneaux de bois, ça n’ira pas » dit-il. — Pour l’amour de Dieu ! ( dirent les géants), ceci est la propriété commune de nos sept villages des géants, pour l’amour de Dieu ! » « Géant ! Remporte celui-ci là où tu las pris ! » dirent-ils alors et le géant mit Patsitse-le-Corbeau sur ses épaules et l’emporta bien jusqu’à sa maison. Lorsqu’il l’eut conduit jusqu’à sa maison, la mère et le père de Patsitse-le-Corbeau se mirent à crier, et tous les habitants du village se mirent à crier (eux aussi). « Pourquoi as-tu amené le géant au village ?! répétaient-ils, il nous mangera, il nous tuera ! — Aa ! Il nous mangera pas, allez ! Ne vous en faites pas ! » dit Patsitse-le-Corbeau à ses parents. Le géant se plia et entra avec peine dans la maison où il s’assit, très à l’étroit ; la nuit, lorsqu’il avait (déjà) peur, (il entendit Patsitse-le-Corbeau dire) : « Là, descendez de ce plafond-là la viande fumée des géants que nous avions tués, allez, préparez-nous aussi du gruau qu’on la mange avec ! » Le géant, ayant entendu cela, s’enfuit en criant et en hurlant, se précipita dans la forêt comme un oiseau et rejoignit définitivement les autres géants. Quant à Patsitse-le-Corbeau, il resta chez lui, sain et sauf, et vécut heureux.
Toute la nuit, le géant le flatta, lui témoigna du respect — avec l’arrière-pensée qu’il allait le tuer le lendemain — et, lorsqu’il eut couché Patsitse-le-Corbeau, pendant que celui-ci dormait ou faisait semblant de dormir, un des géants monta au grenier pour lui verser de l’eau bouillante dessus.
Patsitse-le-Corbeau fit semblant de dormir — il y avait là, dans le coin, une grosse souche — il la mit à l’endroit où il devait dormir et lui-même alla se placer dans le coin.
« J’ai dormi, d’accord, mais j’ai transpiré, puis j’ai eu aussi un peu chaud, mais c’est tout : c’est bien, c’est bien, j’ai été à l’aise, j’ai dormi, merci à vous pour cette nuit. »
S26
ama ạ.ɣe.ṡˀe.ɣ˚a.ɣ yənəż.me, mə.fe.də.y.z psə.ż˚e qˀə.r.ạ.čˀə.χə.ɣe.m m.ew.r ze(:r.ə)y.m.ɣe.ż˚a.ɣe.r !
Lorsqu’il fut couché, ils montèrent , la nuit, au grenier et se préparèrent à lui lancer des couteaux, mais il prit de nouveau la grosse souche et la mit dessous,
Toute la nuit, les géants lançaient des couteaux d’en haut, les enfonçaient dans la souche et, lorsqu’ils s’apprêtaient à entrer dans la pièce, lui-même courut et se recoucha (à sa place).
« As-tu pu dormir, Patsitse-le-Corbeau ? » dirent-ils. « Comment n’aurais-je pas pu dormir ? (…) Mais il y a, dans cette pièce, quelques puces et elles m’ont empêché de dormir.
Pendant que le géant mangeait des cerises, il laissa échapper la branche du cerisier à laquelle le garçon était accroché ; celui-ci tomba, au milieu de la forêt, sur le dos d’un lion qui l’emporta.
Lorsqu’ils le lui eurent donné, et pendant que le géant le remportait assis sur ses épaules, Patsitse-le-Corbeau vit un groupe de géants en train de se lancer des pierres, au bord ( du chemin).
Ensuite, l’ayant enlevé de là, pendant qu’ils avançaient, Patsitse-le-Corbeau assis sur les épaules du géant, ils virent un groupe de géants se baigner dans l’eau.
Il l’y enfonça et dit : « Regardez ce que je vais faire de ça, comme je vais faire couler de l’eau de cette pierre ! » et il plongea la main (sous l’eau).
NOTE : ajout dans les transcriptions du mot (eˀebeχəy) qui est present dans l'enregistrement
De nouveau, ils dirent : « Remporte-le ! » et ils le mirent sur les épaules du géant et, pendant que celui-ci le remportait, (voici que) des géants apportent du bois pour le brûler.
— Pourquoi la ceinturer ? demandèrent les géants. — J’arracherai les arbres tous ensemble, puis je les mettrai sur mon dos, et je les emporterai d’un seul coup, là-bas, au village,
— Pour l’amour de Dieu ! dirent les géants, tu ne peux pas agir comme ça , tu ne dois pas, non plus, arracher la forêt entière, elle n’est pas toute à nous. » Et
Moi, ce puits, je vais piocher tout autour, puis je vais le mettre d’un seul coup, tel qu’il est, sur mon dos et l’emporterai au village, ça vaut mieux,
Lorsqu’il l’eut conduit jusqu’à sa maison, la mère et le père de Patsitse-le-Corbeau se mirent à crier, et tous les habitants du village se mirent à crier (eux aussi).
Le géant se plia et entra avec peine dans la maison où il s’assit, très à l’étroit ; la nuit, lorsqu’il avait (déjà) peur, (il entendit Patsitse-le-Corbeau dire) :
Le géant, ayant entendu cela, s’enfuit en criant et en hurlant, se précipita dans la forêt comme un oiseau et rejoignit définitivement les autres géants.