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  Home > Conferences > Linguistic Geography: From linguistic landscapes to Landscape Linguistics

Presentation

Program
Titles & Abstracts
Atlas

 

Conference on Linguistic Geography

 

Coordinated by François Jacquesson (CNRS: LACITO, Sorbonne Nouvelle)
and Thomas Stolz (University of Bremen, Germany)

2011 January, Friday 28th and Saturday 29th

 

Maison de la Recherche de l'université Sorbonne Nouvelle (Google Maps)
4 rue des Irlandais 75005 Paris (salle Claude Simon)


Contributions' Titles & Abstracts – (last upd: 21 January 2011)

  • Peter Behnstedt - Présentation de l’Atlas lexical des dialectes arabes

  • Elisabetta Carpitelli  (Nice) - Atlas Linguarum Europae (ALE)  et Atlas Linguistique Roman (ALiR) : évolution et perspectives des atlas interprétatifs

  • Claudine Chamoreau (CNRS Cemca-Sedyl) - Dialectologie et typologie : une perspective "multi-étage"

  • Denis Costaouec (Paris-Descartes, CNRS-Sedyl) - Géographie linguistique du breton : établir une frontière dialectale ferme pour y voir clair ?

  • Alexandre François (CNRS-Lacito, Sorbonne Nouvelle) - L'Atlas linguistique de la Polynésie française [Linguistic Atlas of French Polynesia]

  • François Jacquesson (CNRS-Lacito, Sorbonne Nouvelle) - Linguistics: a world of details

  • Daniel Le Bris (CRBC, UBO-UEB) - Patronymes et géolinguistique en Bretagne : étude de correspondances [Surnames and geolinguistics in Brittany. A study of matches]

  • Jean Le Dû (CRBC, UBO-UEB) - Une laborieuse gestation : l'Atlas Linguistique des Petites Antilles

  • Jean-Léo Léonard (Sorbonne nouvelle, CNRS-LPP), Vittorio Dell’Aquila (CELE) & Antonella Gaillard-Corvaglia (UMR 7018 et INALCO) - Le mazatec (otomangue, Mx SE) : cartographie, géolinguistique et typologie linguistique

  • Michèle Oliviéri (Nice) - Le Thésaurus occitan : constitution et exploitation

  • Nicolas Quint (CNRS-Llacan) - Atlas linguistique de la langue capverdienne

  • Thomas Stolz & Hitomi Otsuka (Brême, Allemagne) - Morphological irregularity and linguistic geography

  • Thomas Stolz & Aina Urdze (Brême, Allemagne) - The geography of phonological phenomena in Europe

  • Catherine Taine-Cheikh (CNRS-Lacito, Sorbonne Nouvelle) - Intérêts et limites de la perspective géographique en dialectologie. Exemples arabes et berbères

  • Charles Videgain (Pau, CNRS-Iker) - Désignations du ‘papillon / mariposa / butterfly’ en langue basque

 

Peter Behnstedt - Présentation de l’Atlas lexical des dialectes arabes toup
1. Problèmes relatifs à la collecte du matériel.
2. Seront ensuite présentées quelques cartes illustrant divers aspects de la différenciation dialectale :
    a. Répartition régionale des “synonymes” de l’arabe classique.
    b. Homogénéité de l’arabe africain face à la diversité de l’arabe de la péninsule arabique.
    c. Impact des différents substrats.
    d. Emprunts aux langues étrangères (anglais, français, italien, persan, turc, etc.)
    e. Evolutions sémantiques.

Elisabetta Carpitelli - Atlas Linguarum Europae (ALE)  et Atlas Linguistique Roman (ALiR) : évolution et perspectives des atlas interprétatifs toup
   L’ALE et l’ALiR avant d’être des ouvrages de géolinguistique naissent comme des grands chantiers de collaboration internationale entre spécialistes de géolinguistiques qui mènent ensemble, grâce à une collaboration constante, une réflexion sur la reconstruction des systèmes linguistiques européens et surtout sur le lexique. Le but commun n’est pas de publier des données "brutes" à une échelle plus vaste – continentale ou de domaine linguistique – que celle de la majorité des atlas, mais de cartographier et commenter l’interprétation des données dialectales figurant sur les atlas nationaux et régionaux déjà publiés, à la lumière d’une approche théorique déterminé : en particulier, en ce qui concerne le lexique, l’interprétation se fonde sur les principes et méthodes de l’analyse onomasiologique et sur l’étude de la motivation sémantique. L’ALE a été le premier atlas à proposer de manière systématique et théoriquement explicite des cartes motivationnelles qui, depuis le début de l’entreprise, se sont révélées particulièrement intéressantes en relation au domaine de la zoonymie dialectale. L’accent a été mis sur l’identité ou les ressemblances des représentations culturelles et idéologiques entre espaces linguistiques, même très éloignés du point de vue géographique et génétique, plutôt que sur les différences formelles, de surface. Ce type d’analyse nécessite des compétences multiples : celles des spécialistes de chaque domaine linguistique ainsi que de celles qui proviennent de l’apport de l’anthropologie, de l’ethnologie, de l’histoire des religions, de l’archéologie ; ainsi les cartes des deux atlas sont souvent le fruit d’une véritable recherche interdisciplinaire. L’ALiR, né comme filiation de l’ALE, a opté pour la publication de volumes thématiques de cartes et de commentaires motivationnels, à partir d’une sélection de questions d’atlas qui ne répète pas celle de l’atlas continental. À la différence de ce dernier, l’Atlas Linguistique Roman a associé à la publication sur papier le projet d’une banque de données qui devrait conserver la documentation d’archive, parfois encore inédite, qui a servi pour la constitution des cartes interprétatives. La mise en place de la banque de données oblige le chantier à une réflexion nouvelle sur des matériaux originellement élaborés en fonction d’une présentation sur papier.
   On retracera, à l’occasion de ce colloque, les étapes de l’évolution des deux entreprises et on présentera quelques exemples de cartes, en montrant aussi les démarches qui conduisent à la sélection des données à cartographier, notamment en fonction de la production de cartes motivationnelles.
   La complexité de l’analyse de données provenant d’un réseau très vaste, le nombre important de chercheurs de plusieurs pays et institutions de recherche qui participent, dans le cadre de chacun des deux chantiers, à la mise en place des cartes et des commentaires, comportent parfois des temps très longs dans la préparation et la mise au point des travaux destinés à la publication : cela peut produire un risque pour la vitalité et même la survie de ces chantiers permanents à une époque où l’évaluation de la quantité et du rythme des publications oriente de plus en plus le choix des projets de la part des chercheurs du monde entier.

Claudine Chamoreau - Dialectologie et typologie : une perspective "multi-étage" toup
   Depuis une cinquantaine d’années, de nombreux linguistes ont sondé la distribution spatiale de certaines langues parlées en Méso-Amérique (Chamoreau 2009 : 99). De façon générale, ces travaux montrent deux caractéristiques identiques. La première est d’ordre méthodologique : les résultats se basent essentiellement sur des études phonétiques et lexicales élaborées à partir de questionnaires d’une centaine de mots. La seconde montre la difficulté d’établir des aires linguistiques distribuées au niveau spatial. Devant l’impossibilité de tracer des aires linguistiques de façon satisfaisante pour la langue purepecha, Friedrich (1971) a postulé l’existence d’une ‘dialectologie de villages’. Autrement dit, chaque division dialectale correspond à un village. Suárez (1983 : 19) érigea ce trait en une caractéristique typologique aréale, reflétant la fragmentation dont souffrent les langues de Méso-Amérique.
   Nourrie des résultats obtenus par les études de dialectologie du purepecha et d’autres langues méso-américaine, ma recherche propose une méthodologie différente s’insérant dans une perspective théorique récente (Bisang 2004 et Kortmann 2004) qui prend en charge la syntaxe comme niveau pertinent permettant d’établir et de définir avec plus de précisions des aires linguistiques. L’étude de la syntaxe est envisagée comme centrale, les autres niveaux d’analyse sont aussi pris en compte. Je présenterai cette perspective ainsi que la méthodologie particulière adoptée faisant une large place au recueil de récits et de discours, nécessaires à l’étude de la syntaxe (Chamoreau 2009 : 99-133).
   J’illustrerai cette perspective en purepecha à travers l’étude de trois domaines-paramètres : la construction de comparaison de supériorité, la grammaticalisation d’un article indéfini et l’ordre des constituants. Les premiers résultats rendent compte d’une approche pertinente pour différents niveaux d’analyse : la dialectologie, la typologie des domaines étudiés mais aussi les processus de changements linguistiques. Concernant la dialectologie de la langue purepecha, une perspective "multi-étages" se dessine, dévoilant des tendances complémentaires superposables qui révèlent tant la distribution spatiale d’aires linguistiques que l’existence de sous-aires bien délimitées, remarquables aux niveaux historique et social (Chamoreau sous presse).

Références bibliographiques :
Bisang, W. 2004. Dialectology and typology – An integrative perspective. In Dialectology meets Typology : Dialect Grammar from a Cross-linguistic Perspective, B. Kortmann (ed.), 11-45. Amsterdam : Walter de Gruyter.
Chamoreau, C. 2009. Langues de Méso-Amérique. De la description et de l’explication multifactorielle de l’évolution linguistique à la dialectologie typologique. Habilitation à diriger des Recherches. Université Lumière Lyon 2, 17 décembre 2009.
Chamoreau, C. sous presse. Contact-induced restructuring as an innovating activity. In Cross-linguistic Tendencies in Contact-induced Language Change, C. Chamoreau & I. Léglise (eds). Berlin: Mouton de Gryuter.
Friedrich, P. 1971. Dialectal Variation in Tarascan Phonology. International Journal of American Linguistics. 37, 3. 164-187.
Kortmann, B. (ed.). 2004. Dialectology meets Typology : Dialect Grammar from a Cross-linguistic Perspective. Amsterdam : Walter de Gruyter.
Suárez, J. 1983. The Mesoamerican Indian Languages. Cambridge : Cambridge University Press.

Denis Costaouec - Géographie linguistique du breton : établir une frontière dialectale ferme pour y voir clair ?(1) toup
   
Je propose une réflexion à partir d’une exploitation des données de l’Atlas linguistique de Basse-Bretagne de Le Roux(2). L’idée originale de l’analyse est de Gary German, dans sa thèse sur le breton de Saint-Yvi (Finistère)(3) ; j’ai repris à mon compte ses propositions pour un travail sur le parler d’une autre commune de Cornouaille, La Forêt-Fouesnant(4).
   A partir d’une exploitation particulière des données de l’atlas (comparaison de certaines caractéristiques phoniques entre la commune de référence et les 77 points d’enquête de l’ALBB), il s’agissait de définir des zones de plus ou moins grande proximité dialectale avec la variété locale étudiée (une sorte de version faible de la dialectométrie chère à Jean Seguy, mais orientée tout de même vers la saisie des traits diatopiques de l’évolution linguistique). Les cartes ainsi établies montraient que la zone de forte proximité (ou de faibles différences) recouvrait, sinon exactement du moins de manière significative, d’autres cartographies possibles de la région, en termes de pratiques matrimoniales, d’habitudes vestimentaires traditionnelles, de répertoires chorégraphiques… Se dégageait ainsi une impression d’unité culturelle et linguistique profonde, subsumant des variations locales pourtant sensibles.
   Ce travail permet de poser différents types de questions, certaines directement liées à l’étude des parlers bretons, d’autres touchant à la politique linguistique, toutes concernant la pratique même de la géographie linguistique :
   – On observe ainsi que des frontières nettes semblent naître de la combinaison des critères linguistiques et culturels, alors que l’expérience sensible, la fréquentation du terrain laissent l’image d’un continuum de parlers et d’habitudes culturelles à travers de vastes territoires, sans réelle rupture. De plus, ces distinctions aréales semblent remonter loin dans le temps, alors que certains facteurs culturels de différenciation, comme la spécialisation poussée des styles de danse ou des « modes » de costumes, sont des phénomènes récents, remontant au 19e siècle pour l’essentiel : ce qui ferait la spécificité d’une zone serait plutôt la répartition uniforme des transformations qui l’affectent à différents moments de l’histoire. Mais alors, qu’est-ce qui autorise cette diffusion relativement homogène des faits culturels, y compris des traits nouveaux, au sein d’un ensemble linguistique relativement peu différencié, et qu’est-ce qui justifie les distinctions nettes avec les autres zones identifiées ? Quelles sont donc les caractéristiques de « l’aménagement basilectal de l’espace par l’homo loquens(5) » ?
   – On peut aussi observer que de tels rapprochements contredisent frontalement la thèse de l’émiettement dialectal sans fin du breton, qu’ils suggèrent – entre autres choses – que des regroupements de parlers proches auraient pu servir de base au développement d’une politique promotion du breton bien différente de celle qui a été menée depuis des décennies.
   – Ces faits nous conduisent à réfléchir à l’activité de géographie linguistique, en tant qu’effort de localisation des différentes variétés d’une langue, qui est en soi une opération intellectuelle, l’application d’une pertinence descriptive à un territoire. Une fois cette chorographie des habitudes linguistiques établie, il est possible de chercher des corrélations entre ce découpage particulier du territoire et d’autres, tout aussi possibles, fondés sur des pertinences différentes : les habitudes culturelles dont on a parlé, les réseaux économiques (marchés, alliances économiques locales, circuits marchands…) ou encore tel ou tel facteur génétique… De tels rapprochements sont sans doute indispensables pour interpréter les différenciations de comportements linguistiques ; ils sont en même temps risqués car les corrélations observables n’impliquent pas des relations causales.

(1) Je tire ce titre d’une formule d’un ouvrage de Gaston Tuaillon, traitant de l’étude de la variation qui  « permet d’établir une frontière dialectale ferme pour permettre à l’esprit de voir clair dans le jeu complexe des corrélations linguistiques intéressantes tissées entre les parlers ». TUAILLON Gaston, 1976, Comportements de recherche en dialectologie française, Paris, Ed. du CNRS, p. 82.
(2) LE ROUX Pierre, 1977 (1924-1963), Atlas linguistique de Basse-Bretagne, vol 1 à 6, Brest, Editions armoricaines, CDDEP (première édition chez Plihon-Hommay, Rennes - Paris), 6 volumes de 100 cartes chacun.
(3) GERMAN Gary Dennis, 1984, Une étude linguistique sur le breton de Saint-Yvi, doctorat de 3e cycle (n.p.), dir. Jean Le Dû, Brest, UBO, 325 p.
(4) COSTAOUEC Denis, 1998, Le breton parlé à La Forêt-Fouesnant (Finistère-sud) : pratique actuelle, problèmes de phonologie et de syntaxe, thèse pour le doctorat nouveau régime (n.p.), dir. C. Clairis., Paris, Université Paris 5.
(5) Voir, entre autres, Hans GOEBL, 2008, « Brève introduction aux problèmes et méthodes de la dialectométrie », Revue roumaine de linguistique, LIII, 1–2, Dialectologie et géolinguistique / Dialectology and Geolinguistics, Bucureşti, p. 87-106.

Daniel Le Bris - Patronymes et géolinguistique en Bretagne : étude de correspondances [Surnames and geolinguistics in Brittany. A study of matches] toup
   L'INSEE dispose d'un ensemble de fichiers patronymiques pour les individus nés dans l'ensemble des départements français de 1891à 1990.
   Nous mettons au point un nouveau logiciel permettant de cartographier la totalité de ces données. L'étude concerne pour le moment les patronymes des cinq départements de la Bretagne historique et consiste à  comparer les cartes avec celles de l'ALBB (Atlas Linguistique de Basse-Bretagne) de Pierre Le Roux et le NALBB (Nouvel Atlas Linguistique de Basse-Bretagne) de Jean Le Dû. Elles sont également examinées à travers le prisme de la géographie, de l'histoire, de l'économie, de l'ethnologie.

Jean Le Dû - Une laborieuse gestation : l'Atlas Linguistique des Petites Antilles toup
   Ce projet est né un peu par hasard, à la suite de séjours d'enseignement à l'Université des Antilles et de la Guyane.
   Je présenterai la lente conception du projet, le questionnaire, le choix du réseau, la préparation des enquêtes, la saisie des données. La collaboration de Guylaine Brun-Trigaud à ce stade a permis une réflexion commune sur la mise au point du fond de carte, la cartographie et la présentation des données... Nous avons souhaité élaborer un atlas d'un type nouveau, combinant l'exposition brute des données à la Gilliéron et un début d'analyse des faits qui s'en dégagent. En conclusion, je présenterai quelques cartes, en amorçant une réflexion sur quelques pistes interprétatives.

Jean-Léo Léonard, Vittorio Dell’Aquila & Antonella Gaillard-Corvaglia - Le mazatec (otomangue, Mx SE) : cartographie, géolinguistique et typologie linguistique toup 
   Le mazatec est une langue otomangue qui eut une importance décisive dans le  développement de la phonologie moderne (théorie des constituants syllabiques de Pike & Pike), dans la deuxième moitié du siècle dernier. Sa dynamique géolinguistique a également fait l'objet d'une étude pionnière publiée dans Language à la fin des années 1950 (aires de Gudschinsky). Bien que plusieurs enquêtes dialectologiques comparativistes aient été réalisées dans les années 1950 et 1960, les données ont été présentées sous forme de blocs (cognate sets), si bien qu'un traitement géolinguistique systématique de ces données – souvent lacunaires – reste à réaliser. Cet état de chose est paradoxal, tant la dimension géolinguistique permet de mieux comprendre en quoi le mazatec a joué un rôle déterminant dans le développement de théories linguistiques et dialectologiques modernes. Cette communication aura pour objectif à la fois de réaliser un traitement cartographique des données existantes encore sous-exploitées, et de montrer en quoi la représentation géolinguistique permet d'infirmer ou de confirmer les hypothèses qui ont fait du mazatec une langue aussi stratégique pour la linguistique générale que pour la dialectologie.

Michèle Oliviéri - Le Thésaurus occitan : constitution et exploitation toup
   Le Thesaurus Occitan ou THESOC est une base de données multimédia dont le but est de rassembler toutes les données dialectales recueillies en domaine d'oc, afin de les rendre accessibles au public(1), aux chercheurs et aux pédagogues. Centralisé à Nice dans le cadre de l’UMR 6039 du CNRS « Bases, Corpus et Langage » (BCL), sous la direction de Jean-Philippe Dalbera, il s’agit d’un programme inter-universitaire qui associe différentes équipes.
   Développé depuis 1992, le THESOC contient notamment :
– des données linguistiques et péri-linguistiques issues d’enquêtes de terrain : cartes et carnets d’enquêtes des Atlas linguistiques(2), monographies, enregistrements sonores, documents iconographiques ;
– des données linguistiques procédant d’analyses déjà réalisées : lemmatisations, morphologie, étymologie, microtoponymie ;
– des données bibliographiques ;
– des outils d’analyse : représentations cartographiques, instruments d’analyse diachronique, procédures de cartographie comparative, éléments pour l’étude morphologique ;
– un Module Morpho-Syntaxique comportant des textes annotés et des outils dédiés à la morphologie et la syntaxe.
   Les données brutes figurant dans la base ont toutes une caractéristique commune : elles procèdent de sources orales et sont précisément localisées, ce qui constitue une condition essentielle pour l’étude de la variation diatopique. En outre, le THESOC permet de faire entendre les sons enregistrés au cours des enquêtes, ce qui garantit la réalité des faits considérés et transcrits.
   Il s’agit enfin d’un objet à géométrie variable qui envisage toutes sortes d’exploitations grâce à des menus spécifiques, qui intègre divers types de documents, de telle sorte que le Thesoc se présente comme un outil offrant à la fois (mais toujours séparément) des données linguistiques quasi brutes, des données ayant fait l'objet d'analyses et de traitements et des outils d'investigation.
    Après avoir évoqué les principes et les questionnements qui ont présidé à l'élaboration de la base, nous évoquerons les travaux de recherche menés par l'équipe de dialectologie de BCL, qui s'appuient sur les données et les outils du THESOC et permettent de renouveler les points de vue et les perspectives en linguistique générale. D'abord, nous présenterons les découvertes de Jean-Philippe Dalbera(3) en matière d'étymologie et de reconstruction lexicale. Puis, nous montrerons comment l'étude de la microvariation dialectale permet de mieux appréhender le changement morpho-syntaxique, en examinant la question des clitiques sujets dans les langues romanes(4).

(1) Le THESOC est partiellement accessible en consultation sur Internet à l’adresse : http://thesaurus.unice.fr.
(2) Atlas Linguistiques de la France par régions, éditions du C.N.R.S.
(3) Dalbera, Jean-Philippe. 2006. Des dialectes au langage : Une archéologie du sens. Paris : Champion.
(4) Oliviéri, Michèle. 2010. « From Dialectology to Diachrony: Evidence from Lexical and Morpho-Syntactic Reconstruction in Romance Dialects » in Barry Heselwood and Clive Upton (eds.) Proceedings of Methods XIII. Papers from The Thirteenth International Conference on Methods in Dialectology, 2008. Frankfurt: Peter Lang, 42-52.

Nicolas Quint - Atlas linguistique de la langue capverdienne toup
   Aujourd'hui encore, la dialectologie du capverdien (ou créole afro-portugais du Cap-Vert) n'en est qu'à ses balbutiements. Si les spécialistes s'accordent généralement à distinguer deux grands groupes dialectaux dans l'Archipel du Cap-Vert, à savoir le Barlavento (ou Iles au Vent : Saint Antoine, Saint Vincent, Sainte Lucie, Saint-Nicolas, Sal et Boa Vista) au Nord et le Sotavento (ou Iles Sous le Vent : Maio, Santiago, Fogo et Brava) au Sud, la variation intradialectale de chacune des neuf variétés îliennes attestées n'a jusqu'à présent pas fait l'objet de relevés et d'études systématiques.
   Le projet en cours d'Atlas linguistique des îles de Santiago, Fogo, Brava et Maio, pour lequel j'ai commencé à préparer une première campagne de relevés, vise à fournir des éléments concrets de réponse à cette lacune dans les connaissances dont nous disposons aujourd'hui sur la langue capverdienne. Au cours de cet exposé, je brosserai un bref tableau de la façon dont ce projet d'Atlas a pris corps, des choix scientifiques et techniques que j'ai été amené à faire et des actions que j'ai déjà effectuées en vue de sa réalisation. Je présenterai à cette occasion quelques-uns des résultats cartographiés qui commencent à se dessiner à partir des données dont je dispose aujourd'hui.

Bibliographie sommaire :
BAPTISTA, Marlyse (2002), The syntax of Cape Verdean Creole. The Sotavento Varieties. Amsterdam: John Benjamins.
FATTIER, Dominique (1998), Contribution à l'étude de la genèse d'un créole : l'atlas linguistique d'Haïti, cartes et commentaires, Lille : Atelier National de Reproduction des Thèses, Vol. I à VI.
FERNANDES Armando Napoleão (1991), Léxico do Dialecto Crioulo, do Arquipélago de Cabo Verde, Mindelo: Ivone L. R. FERNANDES RAMOS.
GILLIÉRON, Jules & EDMONT Edmond (1902-1908), Atlas linguistique de la France, Paris : H. Champion, Vol. I à X ; Nelson Rossi (1963), Atlas Prévio dos Falares Baianos, Rio de Janeiro: INL.
LANG Jürgen (2002), Dicionário do Crioulo da Ilha de Santiago (Cabo Verde), Tübingen: Gunter Narr.
LOPES DA SILVA Baltasar (1957), O Dialecto Crioulo de Cabo Verde, Lisboa: Junta de Investigações do Ultramar/Centro de Estudos Políticos e Sociais.
QUINT Nicolas (2000), Grammaire de la langue cap-verdienne, Paris, Éditions L’Harmattan, 436 p.
QUINT Nicolas (2000), Le cap-verdien : origines et devenir d’une langue métisse, Paris, Éditions L’Harmattan, 364 p.
VEIGA, Manuel (2000), Le créole du Cap-Vert, Étude grammaticale descriptive et contrastive, Paris/Praia, Karthala/Instituto de Promoção Cultural (I.P.C.).

Thomas Stolz & Hitomi Otsuka - Morphological irregularity and linguistic geography toup
   Le concept d'irrégularité linguistique tire son origine de la tradition philologique européenne. Aujourd'hui il est très répandu aussi en linguistique générale où il fait souvent (mais pas exclusivement) penser à des phénomènes morphologiques. Malgré sa présence bien établie dans le discours technique des linguistes et philologues, il manque encore une définition générale et valide du concept. Faute d'une définition acceptable pour tous, beaucoup de voix critiquent le concept et nient sa validité scientifique ("L'irrégularité n'existe pas dans la langue/les langues."). A Brême nous conduisons un projet linguistique qui a pour but la déconstruction et réhabilitation de l'irrégularité comme concept linguistique utile. Nous voudrions démontrer son utilité entre outre grâce à plusieurs études empiriques qui prennent pour point de départ les inventaires des formes morphologiques identifiées comme irrégulières dans les grammaires descriptives, normatives et/ou pédagogiques des langues d'Europe. Notre conférence se concentre sur la diffusion des paradigmes supplétifs de comparaison des adjectifs. Nous évaluons les données non seulement d'un point de vue quantitatif mais aussi d'un point de vue qualitatif. Les résultats seront interprétés selon les critères de la géolinguistique, c.-à-d. nous présentons la cartographie d'un segment de la phénoménologie du supplétisme morphologique en Europe.

Thomas Stolz & Aina Urdze - The geography of phonological phenomena in Europe toup
   Inspiré par des idées de Roman Jakobson (formulées pendant les années 30 du siècle dernier), notre équipe de recherche à l'université de Brême se propose de démontrer que les phénomènes phonologiques, eux aussi, peuvent être indicatifs de relations de contact entre langues qui appartiennent génétiquement à groupes divers. La diffusion des phénomènes phonologiques crée très souvent des isoglosses plus ou moins vastes. Si plusieurs isoglosses se chevauchent, on peut parler d'aires linguistiques. C.-à-d. que la phonologie, en ce qui concerne sa susceptibilité à la convergence géolinguistique, n'est pas très différente de la morphosyntaxe ou du système des catégories grammaticales lesquelles dominent actuellement la discussion en typologie linguistique. Dans son esquisse de l'aire linguistique européenne (formée par les langues SAE), Haspelmath doute fort de l'existence de traits phonologiques communs qui nous aident à définir l'Europe comme une zone linguistique plus ou moins homogène. Nous démontrerons néanmoins qu'il y a plusieurs isoglosses phonologiques qui divisent l'Europe en deux: une aire linguistique occidentale  relativement peu étendue et une aire linguistique orientale plus vaste. Dans notre conférence nous traiterons de la diffusion géolinguistique des phonèmes sifflants, chuintants et affriqués (palato-alvéolaires) en Europe et dans les régions limitrophes en Asie.

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