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Langues et civilisations
à tradition orale
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  Accueil > Annuaire > François Jacquesson

jacquesson  François JACQUESSON :

  détails sur les thèmes de recherche

 

 

 

 

  

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NB : Les dates suivies de * correspondent à des publications citées deux fois parce qu'elles sont à cheval sur plusieurs thèmes.

• 1/ Théorie du développement des langues

Dans L'Anticode, une exploration des langues et des idées qu'on en a (2008), j'ai voulu montrer que les langues ne se résument pas à leur origine, mais sont riches de tout leur parcours. J'ai proposé une théorie de la vitesse d'évolution des langues en plusieurs articles. Ce souci des locuteurs se retrouve dans mes études sur l'expression linguistique des personnes, voir Les Personnes, morphosyntaxe et sémantique (2008). C'est dans cet esprit qu'a été organisée au LACITO l'opération de recherche 'Changement linguistique et écologie' (2008-2011) dont un des colloques vient d'être publié, ici.

(a) théorie du changement linguistique

   Cette thématique comprend d'une part des articles portant sur des langues ou groupes de langues démonstratifs (Tibéto-birman, Altaïque, Sibérien oriental etc.). Signalons que ce sont mes travaux en Asie centrale, mes collègues à l'ex-Institut Français d'Asie Centrale à Tachkent, et Philippe Mennecier qui ont permis le Projet pluridisciplinaire « East meets West » (CNRS 2000-2003 puis ESF 2003-2007) que j'ai longtemps dirigé ; ce sont les problèmes rencontrés à l'occasion des dialogues avec les collègues généticiens des populations qui m'ont amené aux positions exprimées dans l'Anti-code.

pilotis
Chez les Deori.
Le linguiste, comme l'anthropologue, doit se confronter à l'étrangeté.
Il faut sortir de chez soi, partir loin et de préférence seul.
Le caractère n'est pas donné à la naissance ni comblé par l'étude : il se forme.

2006, La reconstruction linguistique du passé : le cas des langues boro-garo.
2005, Essai de comparaison des langues boro-garo [langues tibéto-birmanes]
2004, Langues indo-iraniennes des Pamirs et de l'Hindou-Kouch.
2004*, Le nom composé en galong et en angami.
2002, Les parlers karakalpaks dans leur contexte [langues turkes kïptchak]
2000*, Deux territoires d'histoire linguistique, le Brahmapoutre et l'Iénisséï.
1999*, Syntaxe de l'énoncé et syntaxe du texte en itelmen (Sibérien oriental).
1997, Le « N secret » en ouralien : ouralien et altaïque.
1996*, Histoire du médiatif en Sibérie orientale.
1995, Morphosyntaxe aréale en Eurasie du Nord.
1994, Les langues toungouses, investigations dans les structures syntaxiques.

   D'autre part des essai généraux, parmi lesquels un livre de synthèse, l'Anti-code :
2012, A room for one's words.
2008, L'Anti-code : une exploration de l'histoire des langues et des idées qu'on en a. (présenté ici)
2007, La coordination, instrument décisif de l'émergence de la prose : Une description historique. 2006, La catastrophe ergative 1: langues indo-iraniennes [Communication]
2006, La catastrophe ergative 2: langues araméennes [Communication]
2005*, Personne et fonction.
2005, CR de Dixon & Aikhenvald (eds.) Word, a cross-linguistic typology.
1999, Asymétrie de la syllabe.
1998, Evolution et stratification du lexique.

(b) le thème particulier de la vitesse d'évolution des langues

meyor
Chhinjo Meyor.
Cette jeune femme parle une langue très rare, longtemps inconnue hors de sa région, le zakhring-meyor. Je l'ai rencontrée lors de mon premier séjour en Assam, à la faculté vétérinaire de Khanapara, près de Guwahati. J'étais allé là-bas parce qu'on m'avait dit que certains étudiants venaient de provinces reculées. Le concierge du campus m'a conduit vers le professeur spécialiste des éléphants, qui m'a dit : « attendez une heure, la fin de l'examen, je vous amènerai des gens intéressants ». Quatre ou cinq étudiants sont entrés. Parmi eux il y avait Chhinjo, dont les parents étaient venus de Chine à travers des montagnes glacées.

   L'idée de base est que la différenciation des langues repose sur l'innovation, et que l'innovation repose à son tour – en grande partie – sur le désir et la volonté de se distinguer. En conséquence, les groupes de locuteurs qui ressentent davantage ce désir favoriseront les occasions d'innovation, soit en accueillant favorablement celles qui se présentent, soit en les provoquant délibérément. Au total, leur parler changera donc « plus vite ». Cela peut jouer entre classes d'âge ou classes sociales d'une même société, bien sûr, mais aussi entre groupes suffisamment proches pour désirer souligner leur différence, comme dans le tristement célèbre épisode du shibbolet biblique (Juges, 12, 4-6), bien connu des linguistes. En conséquence, contrairement à ce qu'on croit souvent, ce ne sont pas les parlers éloignés l'un de l'autre qui auront tendance à se distinguer davantage (il arrive au contraire que des parlers éloignés se ressemblent davantage que les intermédiaires), mais les parlers les plus proches.
   Une application de cette idée est que les zones de haute densité de population, dans la mesure où elles favorisent la création de groupuscules cherchant à se différencier l'un de l'autre, vont rapidement devenir des zones de haut densité de langues variées. Au contraire, les zones à population clairsemées, qui souvent produisent des liens de mariage ou d'entraide sur de vaste territoires, peuvent se révéler linguistiquement conservateurs.

2008 The speed of language change, typology and history. Languages, speakers and demography in North-Eastern India.
2003. Linguistique, génétique et la vitesse d'évolution des langues
2001. Pour une linguistique des quasi-déserts 2000. Deux territoires d'histoire linguistique, le Brahmapoutre & l'Iénisséï.
1999. L'évolution des langues dépend-elle de la densité des locuteurs ?

   Cette thématique a été exposée dans plusieurs conférences internationales, 2004 Genève, 2005 Leipzig, 2007 Porquerolles, 2007 Guwahati, en 2010 à l'Atelier international « Population et changement linguistique » au LACITO. (voir ici)
   Elle a joué un rôle dans le développement de l'Opération de recherche LACITO 'Changement linguistique et écologie'.

(c) L'expression de la personne dans les langues

bonheur
L'activité du linguiste 'explorateur' est faite du bonheur des rencontres et de persévérance.

   Cette thématique est pour une part de le résultat de la thèse de l'auteur, soutenue à l'EPHE (1995) sous la direction de Claude Hagège. Non pas le résultat comme une refonte pour publication, mais comme aboutissement intellectuel. La thèse portait sur une question de typologie : les langues qui marquent les arguments principaux comme elles marquent le déterminant nominal. Mes recherches ont abouti à montrer la singularité du traitement des personnes, plus encore des 2 premières, et plus spécialement la 1re. Je constatais (au sens où un vaste échantillon de langues permet de « constater » quelque chose) que les 3 personnes classiques n'ont pas de comportement morpho-syntaxique homogène, ni en tant qu'argument principal d'un énoncé, ni en tant que possessif d'un nom. Et que lorsqu'elles paraissent montrer un traitement homogène, aligné sur celui du nom, il existe souvent des traces d'autre chose.
   L'ouvrage sur les personnes (2008), dans sa 2e partie est l'héritier de ces travaux. Dans la première partie, il essaie de décrire le phénomène de dissymétries des personnes non seulement dans le sens ordinaire de la sociolinguistique, mais dans un sens plus « benvenistien », et il explore à ce titre aussi un certain nombre d'oeuvres littéraires anciennes et modernes - ce pourquoi l'ouvrage n'a pas toujours été bien compris. En un sens, c'était un des premiers manifestes de l'auteur pour rapprocher l'étude des langues et celle des oeuvres.
   L'étude des personnes peut être multiforme, d'une part parce que les enseignements de nombreuses langues ou groupes de langues sont intéressants, de même que l'histoire de ces groupes de langues lorsqu'elle est connue, mais aussi parce qu'on est confronté à toute une gamme de phénomènes sociaux, intellectuels, psychologiques ou 'cognitifs'.

2010*, Ce que dit le Nom propre
2008, CR de E. Filimonova, Clusivity.
2008, Les Personnes, morphosyntaxe et sémantique. (présenté ici)
2005, CR de J. Mattisen, Dependent-Head synthsis in Nivkh.
2005*, Personne et fonction.
2001, CR de Z. Frajzyngier, Reflexives.
2001*, Person-marking in TB languages of NE India.
1997*, L'expression morphologique de la personne dans les langues TB du Nord-est indien.
1994, Deixis et personne en kwakiutl.
1993, Sur le système des pronoms personnels

(d) Histoire des idées linguistiques

   Des remarques, des annexes, des parties entières de certains articles sont consacrées à des points d'histoire de la science linguistique. Tous les derniers chapitres de l'Anti-code sont sur ce thème. Il existe en outre un document, produit lors d'une Ecole d'été organisée par les collègues du Laboratoire d'Histoire des Théories Linguistiques :

2006, Origine des langues et typologie linguistique. (100 p., ill.) (texte et bibliographie en pdf)

F. Jacquesson participe depuis 2013 aux travaux, animés par B. Colombat et A. Lahaussois au Laboratoire HTL, sur l'histoire et la théorie des Parties du Discours ; avec d'autres collègues, il s'y occupe des pronoms.

 

2/ Langues et cultures du Nord-est indien

La grammaire du deori (2005) est présentée ici et on peut trouver en ligne des esquisses grammaticales du dimasa et du kokborok, sur le site du Projet Brahmapoutre, que j'ai dirigé en liaison avec des collègues anthropologues et géographes. Ce projet m'a conduit à étudier le groupe et la langue des Sherdukpen (ici) lors de cinq missions récentes. Un premier résultat est le livre réalisé avec P. Dollfus sur la principale fête annuelle du groupe Sherdukpen, Khiksaba. Une grammaire de la langue sherdukpen est en cours de publication..

biphul
Biphul Chandra Deori, maître et ami, décédé en 2011.

   Je travaille depuis 1994 dans le Nord-Est de l'Inde, où je me rends à peu près chaque année pendant l'hiver. J'ai surtout étudié les langues dites Boro-garo. Tandis que Robbins Burling, U.V. Joseph et d'autres publiaient sur les langues occidentales de ce groupe (garo, rabha etc.), je publiai une description du deori (ou deuri), le parler le plus oriental et le plus atypique du groupe, puis sur le kokborok et le dimasa. Ces travaux ont été complétés par des enquêtes dialectologiques en pays dimasa. Mon mémoire d'HDR (2005) a été réalisé sur la linguistique historique et comparée de ce groupe de langues. C'est grâce à cette expérience que j'ai pu diriger, avec l'aide amicale de trois collègues du Centre d'Etudes Himalayennes (l'UPR299), le Projet Brahmapoutre (ANR). Ce projet m'a conduit finalement à étudier le couloir de communication entre Assam et Tibet, et plus particulièrement la culture et la langue des Sherdukpen (ou Shertukpen)..

2013 (avec P. Dollfus), Khiksaba.
2012 (with P. Dollfus), The Sherdukpen, a presentation - on line, Brahmaputra website.
2009, East meets West, the Assam Corridor.
2009 (ed.) J.N.Phukan's Ahom Primer - on line, Brahmaputra website
2008, A Dimasa Grammar - on line, Brahmaputra website.
2008, A Dimasa Lexicon - on line, Brahmaputra website.
2008, Discovering Boro-Garo, history of a analytical and descriptive linguistic category
2008, The speed of language change, typology and history. Languages, speakers and demography in North-Eastern India.
2006, La reconstruction linguistique du passé : le cas des langues boro-garo.
2005, Essai de comparaison des langues boro-garo (langues tibéto-birmanes)
2005, Le deuri [deori], langue tibéto-birmane d'Assam.
2004*, Le nom composé en galong et en angami (langues tibéto-birmanes)
2003, Kokborok, a short analysis.
2001, Person marking in TB languages of North-East India
2000*, Deux territoires d'histoire linguistique, le Brahmapoutre et l'Iénisséï.
2000, Les Deuri d'Assam, une tribu de sacrificateurs en exil [assez daté]
1999, Abrégé d'histoire de l'Assam jusqu'à l'installation anglaise (100 p., avec cartes).
1997*, L'expression morphologique de la personne dans les langues TB du Nord-est indien.
1996, Langues tibéto-birmanes du NE de l'Inde [rudimentaire]

 

3/ Narrativité : récit, syntaxe, personnages, images, couleurs

FJ s'intéresse aussi à la façon dont on raconte des histoires, soit en paroles, soit en images. Pour la parole, voir par exemple Jacquesson 2011 'Grammaticalisation du cadre narratif' sur l'hébreu biblique, et Jacquesson 1999, 'Syntaxe de l'énoncé et syntaxe du texte en itel'men', sur l'itel'men de Sibérie orientale. Pour les images, FJ a dirigé un projet Histoire et géographie de la couleur avec un historien et une anthropologue (publication 2013 présentée ici).

dirang
Les langues, ce sont des gens.
Avec des enfants près de la forteresse de Dirang, 2010.

   L'étude (de seconde main) des langues de Sibérie orientale, dès 1994, avait attiré mon attention sur des phénomènes grammaticaux étonnants. Dans les textes itel'men qu'avait notés Jochel'son (l'itel'men est une langue maintenant presque éteinte du Kamtchatka), les dialogues utilisent des verbes qui s'accordent en personne, tandis que les récits utilisent des participes invariables sur ce point (FJ 1996). Un texte que D.S. Worth avait retrouvé dans les papiers de Jochel'son, et qu'il avait publié – le récit de voyage d'un marchand – dans les années 1960, m'a permis de comprendre l'histoire du phénomène (FJ 1999), et de montrer que dans les mythes recueillis par Jochel'son, les récits étaient systématiquement traités en formes non-constatives qui soulignent que le narrateur n'était pas témoin des événements ; ces formes non-constatives (Hagège dit : médiaphoriques) utilisent des prédicats nominaux, des participes. J'ai rapproché ensuite (FJ 2005) ce fait apparemment isolé d'un autre qui avait été signalé dans une langue rare de Birmanie par E. Henderson, que mes travaux sur les systèmes de personne m'avaient fait lire. Il en ressortait que nombreuses étaient les langues, ou du moins certains styles dans de nombreuses langues, qui différenciaient très nettement d'une part le style narratif du récit et d'autre part les paroles rapportées au sein du récit. La même chose est vraie en hébreu biblique, là encore au niveau du traitement des verbes (FJ 2011).
   Ce type de constatation m'a peu à peu amené à considérer l'importance des styles. Ainsi, l'observation typologique ordinaire des médiaphoriques me paraissait insuffisante en ce qu'elle se limitait aux faits grammaticaux et sémantiques, alors que je voyais qu'il fallait prendre en compte à la fois des clivages plus simples (récits / dialogues) et des faits stylistiques plus fins. C'est ce travail qui m'incite à rapprocher la linguistique centrée sur les formes, et attentive à la morpho-syntaxe, de la stylistique et d'une façon plus générale d'une attention aux faits « littéraires ».
   Cette attention au contraste entre récit et parole, et même (comme on pourrait s'y attendre au LACITO 'de tradition orale' !) entre écrit et oral, m'a conduit à étudier la facture des récits. Il m'est alors apparu que pour contribuer utilement à la narratologie de Genette et Todorov, il était intéressant de comparer avec la façon dont les arts figuratifs « racontent » des histoires.Cette idée s'est d'abord concrétisée, grâce à Michel Pastoureau, à l'occasion d'une proposition de l'ISCC (2009-2010), grâce à laquelle nous avons publié en 2013 un petit livre où je donne deux articles, dont un avec l'anthropologue P. Dollfus. Je pense que les études sur la narration peuvent faire un foyer fécond où rassembler les vertus de la linguistique exploratrice, de la stylistique, des études littéraires, et des sciences historiques - quelque chose de typiquement CNRS.
    Depuis 2013, grâce aux initiatives du PRES « Paris-Cité », j'ai pu monter avec plusieurs collègues du CNRS et de l'INALCO ou de l'Université de Rouen le «Projet Narrativité».

2013 (avec P. Dollfus). Les couleurs dans les mosaïques des Normands de Sicile. In Histoire et Géographie de la Couleur.
2013. La couleur en hébreu ancien, Bible et Talmud. In Histoire et Géographie de la Couleur.
2012 (co-dir.) Histoire et Géographie de la Couleur (présenté ici).
2011, Grammaticalisation du cadre narratif, la prose biblique.
2011, Les ombres portées et la Renaissance. Un trait culturel peut-il revivre ?
2010*, Ce que dit le Nom propre
2009, Les mots de couleur dans les textes bibliques - on line
2008, La chasse aux couleurs, à travers la Patrologie latine - on line
2007, Langue et langage dans la Bible et autour
2005*, Personne et fonction.
1999*, Syntaxe de l'énoncé et syntaxe du texte en itel'men (Sibérien oriental).
1996*, Histoire du médiatif en Sibérie orientale.

4/ Vers le public (petit ou grand)
FJ contribue à faire connaître les sciences du langage. Souvent contacté par les journalistes qui s'émeuvent de la disparition des langues, il a aussi participé à des rencontres au Muséum d'Histoire Naturelle, à l'UNESCO, et dans diverses institutions européennes. Il s'efforce de faire comprendre la logique du CNRS, admirable institution de recherche qui intervient de façon pionnière là où l'Université ne peut pas le faire. Il répond volontiers aux étudiants qui ont pris la peine de se documenter un peu, et ils sont nombreux.

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