La langue na (endonyme : /nɑ˩-ʐwɤ˧/, 'na'+'langue') est parlée à la frontière des provinces chinoises du Yunnan et du Sichuan, aux abords du lac Lugu (lo˧ʂv̩˩-hi˩nɑ˧mi˧).

Elle appartient au groupe naish de la famille sino-tibétaine, qui comprend également le naxi et le lazé. Elle est également appelée mos(u)o.

En 2010, il lui a été accordé une entrée à part, sous le nom translittéré de "Narua", dans l'inventaire des langues du Summer Institute of Linguistics (code: nru). Jusque-là, le na était considéré comme un dialecte de la langue naxi.

La grande majorité des documents offerts ici à la consultation et au téléchargement ont été recueillis dans la plaine de Yongning (nom en na : /ɬi˧di˩-di˩mi˩/), et proviennent du parler décrit dans une monographie parue en 2017 (disponible en ligne). Des "carnets de terrain" (blog) au sujet du na sont consultables ici.

 

 

Ressources

aLe mariage de la soeur (Version 1)
Chine, province du Yunnan, Latami Dashi-Lame, 2006, Alexis Michaud

aLe mariage de la soeur (Version 2)
Chine, province du Yunnan, Latami Dashi-Lame, 2007, Alexis Michaud

aLe mariage de la soeur (Version 3)
Chine, province du Yunnan, Latami Dashi-Lame, 2008, Alexis Michaud

Ce mythe raconte l'origine du rite pratiqué lors du décès d'une femme qui s'est mariée et a quitté la maison où elle est née. Ce rite, nommé «sɯ˧kʰɯ˩», remonterait à un siècle environ d'après la conteuse : il aurait été établi à un moment où l'institution du mariage commençait à gagner la plaine de Yongning, en contradiction avec la coutume plus ancienne selon laquelle les enfants passent leur vie entière dans la maisonnée de leur mère et de ses frères et sœurs (tantes et oncles maternelles), avec leurs frères et sœurs et leurs cousins du côté maternel, le rôle social du père/amant étant discret voire quasi-inexistant. D'après la conteuse, l'institution de ce rite reflèterait l'acceptation de l'existence de cas de mariage, tout en les représentant comme douloureux : le mariage distend les liens entre la femme et sa famille d'origine. Trois versions sont présentées ici, enregistrées sur trois ans. La première et la troisième comportent transcription et gloses. Le meilleur enregistrement au plan technique/acoustique est celui de la troisième version.

 

aLa naissance du lac (version 1)
Chine, province du Yunnan, Latami Dashi-Lame, 2006, Alexis Michaud

aLa naissance du lac (version 2)
Chine, province du Yunnan, Latami Dashi-Lame, 2007, Alexis Michaud

aLa naissance du lac (version 3)
Chine, province du Yunnan, Latami Dashi-Lame, 2008, Alexis Michaud

Le lac de /ɭo˧ʂv̩˩/, appelé « lac Lugu » en chinois, est généralement désigné en na comme « le Lac », /hi˩nɑ˧mi˧/. Il tient une place centrale dans la géographie du territoire na, et est l'un des principaux lieux symboliques de la culture na/mosuo. Cette légende raconte comment il serait né d'un déluge causé par l'avidité des hommes. Elle explique aussi l'origine des bateaux traditionnellement employés sur le lac. Trois versions de ce récit ont été enregistrées, en 2006, 2007 et 2008. La locutrice considère la troisième comme la plus satisfaisante ; c'est donc cette version qui a été choisie pour le travail de transcription.

 

Transcription des tons

Les tons dans la forme phonologique de surface sont indiqués dans la transcription au niveau de la phrase. Le symbole ǀ est employé pour indiquer la division en groupes tonals, à l'intérieur desquels s'appliquent les règles de « grammaire tonale ». Les tons lexicaux (sous-jacents) sont indiqués dans les gloses mot à mot. La mise en regard de ces deux niveaux permet d'étudier les nombreux processus tonals de cette langue.

La complexité du système rend nécessaire l'emploi de deux symboles non standard en plus des « lettres tonales » de l'Alphabet Phonétique International :


Le tableau suivant récapitule toutes les catégories tonales et leur transcription.

ton à l'isolée ton lorsque le mot est suivi de la copule analyse phonémique : ton sous-jacent (=ton lexical) transcription dans les textes (forme sous-jacente), avec des exemples réels le ton sous-jacent est-il différent du ton à l'isolée? o=oui
LM L+M LM bu˩˧
M M+L M lɑ˧
M L+LM L kʰv˩ o
M M+H #H ʐwæ#˥ o
MH M+H MH# hwɤ˧˥
M.M M.M+L M ɬi˧mi˧
M.M M.M+H #H ɲi˧mi#˥ o
M.MH M.M+H MH# hwɤ˧li˧˥
M.H M.M+H H$ hwɤ˧mi˥$ o
L.LM L.L+M L kʰv˩mi˩ o
M.L M.L+L L# ʁu˧dzi˩
L.MH L.M+H L+MH# ʝi˩ʈʂæ˧˥
L.M L.M+H L+#H nɑ˩hĩ˥ o
L.M L.M+L LM bu˩mi˧
L.M L.M+L LH bu˩ɬɑ˥ o
M.H M.H+L H# ʁæ˧ʈv˥


Des corrections mineures ont été apportées au système entre une première description publiée en 2008 (Michaud 2008) et le livre de 2017 :

Afin d'éviter un décalage trop important entre la transcription et la prononciation réelle, la transcription adoptée ici n'est pas strictement phonémique. En particulier :

En revanche, les voyelles apicales [ʅ] et [ɿ] sont notées selon l'analyse phonémique : comme /ɯ/. Au sujet de l'analyse phonémique, voir, à nouveau, l'ouvrage paru en 2017.

Les gloses grammaticales suivent pour l'essentiel l'analyse proposée par Liberty Lidz (Lidz 2010); il va de soi que le transcripteur est seul responsible des différences introduites sur certains points. Les abréviations standard sont utilisées pour les concepts qui figurent dans la liste d'abréviations des Leipzig Glossing Rules (Comrie, Haspelmath, and Bickel), tandis que le terme entier est employé pour toutes les autres gloses. Les gloses techniques sont précédées d'un symbole spécial ° qui les différencie de simples traductions.

Les conventions suivantes sont utilisées pour les passages à supprimer ou ajouter (suivant l'usage de Martine Mazaudon pour le tamang) :

[ ] les crochets carrés indiquent un ajout à faire au texte (indiqué par le locuteur lors de la transcription)
< > les chevrons indiquent un faux départ, lapsus ou emploi de termes qui paraissent inappropriés ; là aussi, il s'agit d'informations fournies par le locuteur lors du travail de transcription.

Commentaires/notes :

L'annotation comprend de nombreuses notes, ajoutées dans le document XML avec le balisage suivant :
<NOTE xml:lang="fr" message="Ceci est un commentaire."/>

Ces notes rapportent des modifications apportées à la transcription au fil des vérifications, ainsi que des commentaires au sujet de la réalisation phonétique de certains mots en contexte.


Références

Comrie, Bernard, Martin Haspelmath, & Balthasar Bickel. Leipzig Glossing Rules. http://www.eva.mpg.de/lingua/resources/glossing-rules.php.
Jacques, Guillaume, & Alexis Michaud. 2011. "Approaching the historical phonology of three highly eroded Sino-Tibetan languages: Naxi, Na and Laze." Diachronica 28 (4).
Lidz, Liberty. 2010. A descriptive grammar of Yongning Na (Mosuo). Austin: University of Texas, Department of linguistics. https://repositories.lib.utexas.edu/bitstream/handle/2152/ETD-UT-2010-12-2643/LIDZ-DISSERTATION.pdf.
Lidz, Liberty. 2016. "Yongning Na (Mosuo)". In Graham Thurgood & Randy J. LaPolla (eds.), The Sino-Tibetan languages, 840–855. 2nd edition. (Routledge Language Family Series). London: Routledge.
Michaud, Alexis. 2008. "Phonemic and tonal analysis of Yongning Na." Cahiers de linguistique - Asie Orientale 37 (2): 159-196.
Michaud, Alexis. 2017. Tone in Yongning Na: lexical tones and morphotonology. (Studies in Diversity Linguistics 13). Berlin: Language Science Press. http://langsci-press.org/catalog/book/109.
Michaud, Alexis, and Latami Dashi. 2012. A description of endangered phonemic oppositions in Mosuo (Yongning Na). In Issues of Language Endangerment, ed. by Xu Shixuan, Tjeerd de Graaf and Cecilia Brassett. Book series: 16th World Congress of IUAES. Beijing: 知识产权出版社 (Intellectual property publishing house), pp. 55-71.