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  Accueil > Programmes en partenariat > Narrativité : paroles, textes, images

Narrativité : paroles, textes, images

 

Présentation

 

     Le projet dit brièvement « Narrativité » a été déposé dans le cadre du 1er Appel à Projet du PRES Sorbonne Paris Cité. Il a été accepté et nous en avons eu la notification le 15 mai 2013. Le projet courra donc sur trois ans, du 1er juin 2013 au 31 mai 2016.

 

1. Le propos et l'équipe

     Nous examinons différents types de « récits en images », en Europe et en Asie (Chine, Inde, Japon, Tibet) confrontés à leur source textuelle, et étudiés quand c'est possible dans leur contexte vivant. Cette perspective ne prétend aucunement subordonner les arts figuratifs aux textes, ni réduire la spécificité de chaque 'support', mais elle souhaite se donner une méthode comparative précisément afin d'essayer de déterminer ce qui dans chaque domaine lui est propre, et ce qui reste comparable.

     Le projet est donc organisé sur deux axes :
          (A) l'axe des 'supports narratifs' : texte, série d'images, et dans certains cas récits théâtralisés,
          (B) l'axe 'culturel' puisque l'étude sera menée dans des cultures différentes.
     L'équipe est constituée de chercheurs et d'étudiants ou post-doc spécialistes de ces cultures et qui appartiennent à des champs disciplinaires variés : anthropologie, histoire, histoire de l'art, linguistique, littérature.

     Voici une liste mise à jour des participants permanents du Projet.

prénom et nom

établissement

équipe

spécialité

Alice Bianchi Strasbourg ASIEs arts et société de la Chine

Pascale Dollfus

CNRS

CEH

anthropologie, Himalaya

Vincent Durand-Dastès

INALCO

ASIEs-CEC

littérature, Chine

François Jacquesson

CNRS

LACITO

linguistique

Estelle Leggeri-Bauer

INALCO

CEJ

histoire de l’art, Japon

Cédric Laurent

Rennes-2

Erimite/ ASIEs-CEC

histoire de l’art, littérature, Chine

Valérie Lavoix

INALCO

ASIEs-CEC

littérature, Chine

Nils Martin

(EPHE)

doctorant

histoire de l’art, Ladakh

Pénélope Riboud

INALCO

ASIEs-CEC

histoire, Chine

 

2. La « mise en image » des histoires et inversement

image1

Le "récit" de la Genèse sur une coupole du narthex de Saint-Marc, Venise

     Certaines « histoires » (légendes, biographies, épisodes romanesques etc.) ont été "racontées en images", et l'on parle alors d'images ou de séries d'images narratives. La coupole de la Genèse, à Saint-Marc de Venise, "raconte" en 24 images organisées en 3 cercles l'histoire racontée dans la Bible, et elle la découpe en épisodes, ou du moins en scènes successives. Pour les histoires de la Bible ou du Nouveau Testament chrétien, non seulement nous possédons des textes et leur tradition, mais aussi un immense corpus de cycles d'images. Toutefois, si les cycles iconographiques ont été étudiés en tant que série d'unités (avec un goût érudit pour l'identification de chaque épisode), il est rare qu'on ait étudié les séries comme une succession d'épisodes composant une histoire ; rare qu'on ait comparé la façon dont l'histoire est segmentée sur les deux "supports" ; plus rare encore qu'on se soit demandé (et qu'on ait cherché à vérifier) si la série d'images parvient à elle seule à « raconter l'histoire » et donc est vraiment narrative.

image2

L'histoire de Griselda peinte sur les murs d'une salle, Musée du Château Sforza, Milan

     Au château Sforza de Milan est conservée une chambre peinte dont les murs "racontent" en 24 images l'histoire de Griselda, la dernière histoire du Décaméron de Boccace. Il est certain que cette série est incompréhensible sans le texte ; à vrai dire, il est assez difficile de saisir la succession des épisodes même quand on connaît bien l'histoire.

     Dans la plupart des cas, la série d'images n'est pas exactement narrative, dans la mesure où elle ne suffit pas au visiteur pour comprendre le lien entre les scènes successives du récit-source, encore moins les enjeux qui courent d'un bout à l'autre. Ces images sont du reste souvent conçues pour être commentées (le débat en Occident médiéval sur le caractère ancillaire ou pédagogique des images est bien connu), ou accompagnées de légendes écrites ; parfois même elles accompagnent le texte qu'elles illustrent. Ces « contextes », au sens propre, sont importants pour l'intelligence des séries et leur disposition. L'importance relative, dans l'image, du jeu des personnages et du décor où ils sont représentés varie aussi très sensiblement selon les traditions culturelles et les types de représentations figurées.

      Les images découpent l'histoire en épisodes, la scandent beaucoup plus nettement que ne le font en général les textes écrits qui sont la source des histoires peintes. Il est donc intéressant de comparer ces deux scansions, et leur organisation. Cela s'est fait dans une certaine mesure pour les films tirés d'œuvres littéraires. Meyer Schapiro (1996) a étudié l'incursion de l'écrit dans les images, avec les prodromes d'une typologie. Dans la préface du livre de Schapiro, Hubert Damisch écrivait :

« Il a semblé, pendant un temps finalement très court, que Benveniste avait su formuler, mieux que tout autre, le problème qui serait celui d'une sémiologie de la peinture, là à tout le moins où « les scènes figurées sont la transposition iconique de récits ou de paraboles et reproduisent une verbalisation initiale » : « Le véritable problème sémiologique, qui à notre connaissance n'a pas encore été posé, serait de rechercher COMMENT s'effectue cette transposition d'une énonciation verbale en une représentation iconique, quelles sont les correspondances possibles d'un système à un autre et dans quelle mesure cette confrontation se laisserait poursuivre jusqu'à la détermination de correspondances entre SIGNES distincts. »

image3

Un conteur d'histoire dans l'Himalaya occidental

     Sans aller jusqu'à la recherche de ces transpositions de signes linguistiques en signes iconiques qu'évoque Benveniste, les narratologues ont également tenté d'éclaircir le problème des "unités de récit". L'idée féconde de Benveniste est qu'il est imprudent de ne chercher des "unités d'histoire" que sur un seul support, car on risque d'y découvrir surtout les contraintes imposées par le support (récit oral, récit écrit, "narration en images" etc). Le rapprochement des traitements d'une « même » histoire sur plusieurs supports, devrait permettre, par la comparaison des rythmes et des scansions, de découvrir des unités communes, et peut-être des procédés de composition assez comparables pour qu'on puisse en décrire les différences.

     Un récit peut aussi se figer dans une scansion ensuite répétée de copie en copie. Inversement, lorsqu'un guide touristique raconte à la basilique d'Assise la succession des 28 scènes peintes par Giotto pour raconter la vie de saint François, il leur rend un rythme oral différent de la scansion peinte ; la manière varie selon le public et le guide. Le prédicateur japonais qui utilise un rouleau peint pour dire son récit s'affranchit lui aussi du rythme des images. Le conteur qui, dans l'Himalaya occidental, s'appuie sur une unique peinture portable (ci-dessus) qui comporte de multiples scènes, pour raconter la vie exemplaire d'un saint personnage, recompose lui aussi son histoire. Au Potala de Lhassa, une floraison d'images de la fin du XVIIe siècle retrace la vie magnifiée du 5e Dalaï Lama avec des rythmes probablement différents de son autobiographie. Les Vies du Bouddha illustrées dans le monde indien par des sculptures, reprenant les épisodes fameux de son parcours initiatique, s'appuient également sur des textes pali, mais ne s'arrêtent pas à une glose étroite.

     Personne ne doute que les séries d'images, qu'elles se veuillent indépendantes sur les parois des églises d'Occident, ou associées aux textes dans certains rouleaux peints de Chine et du Japon, ne racontent les histoires différemment. Pourtant, dans la pratique, personne ne doute qu'elles ne racontent la « même » histoire que celle de la source qu'on lui a cherchée, et souvent trouvée. C'est ce paradoxe que nous voulons explorer : que reste-t-il de l'histoire, quand on ôte ce qui est propre aux modes spécifiques du récit ? Ou y a-t-il seulement une histoire indépendante des modalités de ses narrations ?

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