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Langues et civilisations
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Opérations de recherche en cours

 

 

 

 

 

"Indexicalités langagières et sociales"
Séminaire en anthropologie linguistique validable
par les étudiants inscrits à l'ED 268 (Paris 3), à l'ED 265 (INALCO) ou à l'ED de l'EHESS

 

Responsables : Sandra Bornand (Llacan), Alice Degorce (Imaf-IRD), Cécile Leguy (Paris3/Lacito)
 

 

Notion classique en linguistique, en particulier à travers l'étude de la déixis (depuis Bar-Hillel, 1954), l'indexicalité a été mise en valeur en anthropologie par les travaux des ethnométhodologues (Dodier, 2001) en tant que propriété du langage (ou pratiques signifiantes non verbales) pour marquer la référence au monde en contexte et pour faire sens. On peut, en suivant Michael Silverstein (2003), distinguer deux sortes d'indices : ceux qui sont dépendants du contexte (par exemple, les déictiques) et ceux qui créent le contexte, présupposant ou entraînant – pour employer les termes de Silverstein – des relations et/ou des situations sociales particulières. Nous nous intéresserons dans ce séminaire à la manière dont les rapports sociaux se manifestent dans l'indexicalisation à partir des usages du langage étudiés en situation et d'analyses ethnographiques fines des différents types de performances (littérature orale, cultures populaires, discours politiques ou religieux, rituels, langages musicaux et gestuels) et des modes de communication (direct ou médiatisé, par exemple l'usage des nouvelles technologies telles que les téléphones portables ou internet). Analysant les mécompréhensions d'un échange en contexte ethnographique, Fabian (2000 : 88) met par exemple en valeur comment l'interprétation peut parfois se heurter à un point d'achoppement qui révèle la globalité de la situation dans sa complexité. Nous interrogerons ainsi l'indexicalité en tant que révélatrice de rapports sociaux, qu'ils soient de domination ou égalitaires, conflictuels ou non, mais aussi à tout ce qui, dans les usages langagiers, peut être source d'incompréhension ou de mauvaise interprétation.

Lieux : salle de conférence du CNRS à Villejuif et salle de visioconférence du centre IRD de Ouagadougou, Burkina Faso. Le séminaire est retransmis en visioconférence entre les deux sites.

Les séminaires auront lieu tous les mois, le jeudi de 11h00 à 13h00, du 11 octobre 2018 au 16 mai 2019.

 

Exposés à venir

  • Jeudi 11 avril 2019
    Exposé d'Alexandra Pillen (Université de Londres, Grande-Bretagne) sur A space of one's own in language. The reflexive pronoun in Kurdish (Kurmanci) [Son propre espace dans le langage. Le pronom réfléchi en Kurde (Kurmanci)]
    Résumé en français :
    Le mot kurde berxwedan s'entend aujourd'hui comme « résistance, endurance, révolte ». Dans son centre, nous trouvons xwe, le pronom réflexif traduit comme propre, ou one's own en anglais, et das eigene en allemand. Une anthropologie linguistique fondée sur les travaux de Don Brenneis et David Parkin propose des faits empiriques pour documenter le rôle actuel de ce pronom. Xwe prévaut aujourd'hui à Londres suite à près de 52 siècles d'histoire documentée de mots imputables à la racine indo-européenne *swe. Les oeuvres d'Émile Benveniste, de Mehmûdê Bazîdî et d'Alexandre Jaba fournissent une base solide pour explorer sa pertinence contemporaine. En tant qu'instance de résonance segmentaire dans le langage, xwe fait allusion à un espace propre dans le langage.

  • Jeudi 16 mai 2019
    Exposé d'Yves Erard (Université de Lausanne, Suisse) sur S'accorder avec un enfant sur ce qu'il y a à voir quand on lui montre quelque chose à nommer

 

Exposés passés

  • 14 février 2019
    Exposé de Boukary Boro (Université de Ouagadougou, Burkina Faso) sur Indexicalités dans les noms de combat des jeunes lutteurs san (Burkina Faso)
    Résumé :
    Les Sanan sont culturellement identifiés au Burkina Faso par leur aptitude à la lutte traditionnelle. Cette pratique sportive constitue en effet la principale occupation des jeunes ruraux à la fin des travaux champêtres. Des tournois de lutte sont ainsi régulièrement organisés dans les villages durant la saison sèche, au cours desquels les jeunes hommes s'affrontent par quartiers ou par villages, très souvent dans le seul esprit de domination et d'honneur ou, de plus en plus, guidés par des motivations économiques, notamment pour les compétitions primées.La pratique de la lutte sportive, toujours sous-tendue par l'esprit de concurrence, a vu se développer, parallèlement, un système d'auto-nomination. Les lutteurs s'attribuent en effet des noms de combat pour se distinguer. La portée sémantique de ces noms est censée intimider les concurrents, cela, même dans d'autres occurrences sociales autres que la lutte. La performativité de ces noms dépend non seulement de la capacité de leurs porteurs à se mettre à la hauteur de l'enjeu social dans lequel ils se produisent, mais aussi du niveau d'engagement des challengers.Dans cet exposé, nous présenterons, à partir d'exemples de noms de combats collectés au cours d'enquêtes ethnographiques, la dimension polysémique de ceux-ci suivant les contextes socioculturels dans lesquelles ils sont employés et le type de rapports sociaux sous-jacent qu'ils impliquent au quotidien. Nous montrerons notamment comment, à travers un procédé elliptique, le porteur du nom de combat indexe ses concurrents dans l'énoncé élogieux qui l'identifie. Les indexicaux utilisés, en l'occurrence, sont plutôt présents dans les parties allusives des noms. Celles-ci nient, invariablement, toute capacité aux éventuels challengers de gagner un quelconque défi, contribuant ainsi à sublimer la dimension performative de ces noms. Même si, a priori, le nom de combat vise à mettre en garde l'adversaire, il est aussi centré sur le porteur, dans la mesure où c'est un énoncé autolouangeur. Alors, il est marqué par un usage, encore une fois elliptique, d'élément déictique qui exprime le mieux l'autoglorification.

  • 13 décembre 2018
    Exposé de Suzie Telep (Université Paris Descartes) sur Performances politiques de l'afropolitanisme et indexicalité des rapports de race et de classe dans une association panafricaine à Paris

  • 15 novembre 2018
    Exposé d'Edwige Traoré (Centre de recherche scientifique et technique du Burkina Faso) sur Chants de hochet des femmes senufo du Tagbara (Burkina Faso). Quand identifier un personnage hors contexte crée de la confusion ou de l'incompréhension
    (présentation en visioconférence depuis Ouagadougou)
    Résumé :
    Les chants de hochet appelé sɩ̀càɣɛ́ en Tagba sur lesquels porte notre communication sont exécutés par des femmes senufo du Tagbara précisément celles de Mahon, village situé à l'ouest du Burkina Faso dans la province du Kénédougou. Le sɩ̀cànɛ́ correspond à la fois à un instrument de musique et à un genre musical joué par des femmes qui sont désignées après une séance de divination et qui suivent une phase initiatique spécifique à cette activité. Le répertoire de chants met en scène des personnages par l'utilisation de déictiques, de pronoms anaphoriques, d'images métaphoriques. L'utilisation de ces éléments pour identifier un personnage mis en scène crée des confusions ou des mauvaises interprétations si celui qui écoute n'a pas connaissance du contexte socioculturel et de la situation de communication dans lesquels les chants sont émis ainsi que les rapports sociaux que les membres de la société entretiennent entre eux.
    À travers cette communication, nous interrogeons l'indexicalité en tant que révélatrice de ces rapports sociaux. Il s'agira de montrer dans un premier temps, comment certains termes indexicaux comme les pronoms déictiques, les surnoms par exemple, peuvent être mal interprétés si l'auditoire ne fait pas appel au contexte de leur énonciation. Il s'agira de révéler ensuite, les rapports existant entre ces indices et les personnes concernées afin de voir ce qui, dans les usages langagiers des chanteuses, peut être source de confusion, d'incompréhension ou de mauvaise interprétation de la part d'un ou plusieurs auditeurs.

  • 11 octobre 2018
    Exposé d'Alice Fromonteil (Université Aix-Marseille) sur Dissonance indexicale. Créer la scène du récit dans les pratiques narratives à 'Uvea (Wallis, Polynésie occidentale)

  • 17 mai 2018
    Exposé de Stavroula Katsiki (université Paris 8) sur titre à préciser

  • 5 avril 2018
    Journée d'études autour des travaux d'Elinor Ochs et d'Alessandro Duranti (UCLA) "Indexicalités et jeux de langage. Perspectives anthropologiques : sociale et linguistique", voir ici.

  • 15 mars 2018
    Exposé de Nathaniel Gernez (LESC) sur Travailler en famille dans une pépinière de la région d'Iringa en Tanzanie : usages du plurilinguisme et indexicalité des rapports d'autorité

  • 15 février 2018
    Exposé d'Alain Sanou (université de Ouagadougou, Burkina Faso) sur Indexicalités dans la littérature orale insurrectionnelle au Burkina Faso.

  • 7 décembre 2017
    Exposé de Maho Sebiane (docteur en ethnomusicologie) sur Pratique rituelle, discours et indexicalité : Réflexions préliminaires au croisement de l'anthropologie musicale et de l'histoire en Arabie orientale

  • 9 novembre 2017
    Exposé de Bertrand Masquelier (Lacito) sur Indexicalités et contextualisations pragmatiques : les domaines (et objets) de recherche en anthropologie linguistique

  • 5 octobre 2017
    Exposé de Kristin Vold Lexander (Center for Multilingualism in Society across the Lifespan, Oslo) sur Indexicalités à l'oral et à l'écrit - exemples sociolinguistiques
    Résumé :
    Les relations entre pratiques langagières et rapports sociaux sont au cœur de la sociolinguistique, qui en étudie différents aspects, en fonction des approches. Ainsi, les études classiques de Willam Labov (1972) sur la variation phonologique et de Carol Myers-Scotton (1993) sur le marquage ont-elles contribué à isoler des marques précises d'indexicalité, alors que les travaux plus récents s'intéressent plutôt aux processus, s'inspirant en cela de l'anthropologie et de Michael Silverstein (2003). Les travaux de Jan Blommaert et sa notion de «orders of indexicality» (2007) ont notamment suscité nombre d'analyses sur les constructions identitaires en interactions langagières, aux niveaux tant local que global. Barbara Johnstone et al. (2006), par exemple, décrivent les processus historique, idéologique et personnel qui ont pu former le dialecte de Pittsburghese. Dans cette présentation, je chercherai à cerner de plus près le développement du terme d'indexicalité et à déterminer son usage actuel, à travers des exemples qui illustrent ses divers emplois (tirés de son terrain au Sénégal). J'inclurai aussi des travaux portant sur les pratiques écrites, comme les paysages linguistiques (Lanza et Woldemariam 2014), aspect moins étudié que celui des pratiques orales.

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