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Langues et civilisations
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  Home > Research at the Lacito > Métaphore(s) -- Indexicalités langagières et sociales

Current research programs

 

 

 

Séminaire suspendu : il reprendra en 2021-2022

"Indexicalités langagières et sociales" (2017-2019)
Séminaire en anthropologie linguistique validable
par les étudiants inscrits à l'ED 622 (Paris 3), à l'ED 265 (INALCO) ou à l'ED de l'EHESS
(text in French)


Directors: Sandra Bornand (Llacan), Alice Degorce (IRD-IMAF), Cécile Leguy (Paris3/Lacito)
 

 

Notion classique en linguistique, en particulier à travers l'étude de la déixis (depuis Bar-Hillel, 1954), l'indexicalité a été mise en valeur en anthropologie par les travaux des ethnométhodologues (Dodier, 2001) en tant que propriété du langage (ou pratiques signifiantes non verbales) pour marquer la référence au monde en contexte et pour faire sens. On peut, en suivant Michael Silverstein (2003), distinguer deux sortes d'indices : ceux qui sont dépendants du contexte (par exemple, les déictiques) et ceux qui créent le contexte, présupposant ou entraînant – pour employer les termes de Silverstein – des relations et/ou des situations sociales particulières. Nous nous intéresserons dans ce séminaire à la manière dont les rapports sociaux se manifestent dans l'indexicalisation à partir des usages du langage étudiés en situation et d'analyses ethnographiques fines des différents types de performances (littérature orale, cultures populaires, discours politiques ou religieux, rituels, langages musicaux et gestuels) et des modes de communication (direct ou médiatisé, par exemple l'usage des nouvelles technologies telles que les téléphones portables ou internet). Analysant les mécompréhensions d'un échange en contexte ethnographique, Fabian (2000 : 88) met par exemple en valeur comment l'interprétation peut parfois se heurter à un point d'achoppement qui révèle la globalité de la situation dans sa complexité. Nous interrogerons ainsi l'indexicalité en tant que révélatrice de rapports sociaux, qu'ils soient de domination ou égalitaires, conflictuels ou non, mais aussi à tout ce qui, dans les usages langagiers, peut être source d'incompréhension ou de mauvaise interprétation.

Lieux : salle de conférence du CNRS à Villejuif et salle de visioconférence du centre IRD de Ouagadougou, Burkina Faso. Le séminaire est retransmis en visioconférence entre les deux sites.

Les séminaires auront lieu tous les mois, le jeudi de 11h00 à 13h00, du 11 octobre 2018 au 16 mai 2019.

 

Seminars

  • 16 May 2019
    Talk of Yves Erard (Maître d'enseignement et de recherche, Lausanne University, Helvetia) on S'accorder avec un enfant sur ce qu'il y a à voir quand on lui montre quelque chose à nommer
    Abstract in French:
    L'acquisition du langage chez l'enfant fournit un terrain ethnographique particulièrement propice à l'observation de la dissymétrie dans les rapports sociaux. La compréhension et l'incompréhension indexicale entre l'adulte et l'enfant ont été abordées dans ce domaine par les études de Tomasello sur l'attention conjointe qui font désormais référence en matière d'acquisition de la déixis. En s'inspirant des arguments qu'avance Wittgenstein sur la définition ostensive dans les Recherches philosophiques (2005), Tomasello (2003) montre comment l'intention partagée joue un rôle clé dans les scènes d'attention conjointe qui permettent à l'enfant d'apprendre la signification des mots au cours de son développement langagier. Il insiste particulièrement sur la théorie de l'esprit que l'enfant doit maîtriser pour comprendre l'intention de celui ou celle qui lui montre un objet qu'il nomme. Il décrit cette capacité spécifiquement humaine comme une projection qui nous fait considérer l'autre comme un même (like me). Dans son livre L'animal que je ne suis plus (2011), Bimbenet reprend les analyses de Tomasello tout en développant l'idée que l'intention partagée n'émerge pas avec l'apparition de l'autre comme un même, mais justement comme un autre. Que l'acquisition du langage ait la figure de l'autre comme condition d'émergence met d'emblée la problématique de l'indexicalité en lien avec celle des rapports sociaux. Elle a aussi pour conséquence de montrer l'importance de l'autre dans notre propre expression linguistique, ce qui ne devrait pas laisser indifférente l'anthropologie.
    En m'inspirant de Stanley Cavell (2012) j'aimerais développer l'idée qu'apprendre à parler est une initiation à une forme de vie. Ma méthode (Erard 2017) sera celle d'une anthropologie visuelle qui développe une attention particulière aux détails des interactions (ou jeux de langage). En effet, comme le souligne Das, « agreement in forms of life, in Wittgenstein, is never a matter of shared opinions. It thus requires an excess of description to capture the entanglements of customs, habits, rules, and examples. » ( Das 1998 : 176)
    References:
    -- Bimbenet, E. (2011). L'animal que je ne suis plus. Paris: Gallimard.
    -- Cavell, S. (2012). Les voix de la raison: Wittgenstein, le scepticisme, la moralité et la tragédie. Paris: Ed. du Seuil.
    -- Das, V. (1998). « Wittgenstein and Anthropology » in Annual Review of Anthropology, Vol 27, pp. 171-195.
    -- Groupe Anthropologie et Théâtre. (2013). Des accords équivoques. Ce qui se joue dans la représentation. BSN Press.
    -- Erard, Y. (2017). Des jeux de langage chez l'enfant: Saussure, Wittgenstein, Cavell et la transmission du langage. Lausanne: BSN Press.
    -- Tomasello, M. (2003). Constructing a language: a usage-based theory of language acquisition. Cambridge, Mass. [etc.]: Harvard University Press.
    -- Tomasello, M. (2004). Aux origines de la cognition humaine. Paris: Retz.
    -- Wittgenstein, L. (2005). Recherches philosophiques. Paris: Gallimard.

  • 11 April 2019
    Talk of Alexandra Pillen (London University, Great-Britain) on A space of one's own in language. The reflexive pronoun in Kurdish (Kurmanci)
    Abstract:
    The Kurdish word berxwedan stands out today as 'resistance, endurance, uprising'. At its centre, we find xwe, the reflexive pronoun translated as one's own, or propre in French and das eigene in German. A linguistic anthropology that builds on the work of Don Brenneis and David Parkin offers empirical facts to document the current role of this pronoun. Xwe prevails today in London in the wake of nearly 52 centuries of documented history of words traceable to the Indo-European root *swe. Scholarship by Émile Benveniste, Mehmûdê Bazîdî, and Alexander Jaba provides the solid base to explore its contemporary relevance. As an instance of segmentary resonance in language, xwe hints at a space of one's own in language.

  • 14 February 2019
    Talk of Boukary Boro (Ouagadougou University, Burkina Faso) on Indexicalités dans les noms de combat des jeunes lutteurs san (Burkina Faso)
    Abstract in French:
    Les Sanan sont culturellement identifiés au Burkina Faso par leur aptitude à la lutte traditionnelle. Cette pratique sportive constitue en effet la principale occupation des jeunes ruraux à la fin des travaux champêtres. Des tournois de lutte sont ainsi régulièrement organisés dans les villages durant la saison sèche, au cours desquels les jeunes hommes s'affrontent par quartiers ou par villages, très souvent dans le seul esprit de domination et d'honneur ou, de plus en plus, guidés par des motivations économiques, notamment pour les compétitions primées.La pratique de la lutte sportive, toujours sous-tendue par l'esprit de concurrence, a vu se développer, parallèlement, un système d'auto-nomination. Les lutteurs s'attribuent en effet des noms de combat pour se distinguer. La portée sémantique de ces noms est censée intimider les concurrents, cela, même dans d'autres occurrences sociales autres que la lutte. La performativité de ces noms dépend non seulement de la capacité de leurs porteurs à se mettre à la hauteur de l'enjeu social dans lequel ils se produisent, mais aussi du niveau d'engagement des challengers.Dans cet exposé, nous présenterons, à partir d'exemples de noms de combats collectés au cours d'enquêtes ethnographiques, la dimension polysémique de ceux-ci suivant les contextes socioculturels dans lesquelles ils sont employés et le type de rapports sociaux sous-jacent qu'ils impliquent au quotidien. Nous montrerons notamment comment, à travers un procédé elliptique, le porteur du nom de combat indexe ses concurrents dans l'énoncé élogieux qui l'identifie. Les indexicaux utilisés, en l'occurrence, sont plutôt présents dans les parties allusives des noms. Celles-ci nient, invariablement, toute capacité aux éventuels challengers de gagner un quelconque défi, contribuant ainsi à sublimer la dimension performative de ces noms. Même si, a priori, le nom de combat vise à mettre en garde l'adversaire, il est aussi centré sur le porteur, dans la mesure où c'est un énoncé autolouangeur. Alors, il est marqué par un usage, encore une fois elliptique, d'élément déictique qui exprime le mieux l'autoglorification.

  • 13 December 2018
    Talk of Suzie Telep (Paris Descartes University) on Performances politiques de l'afropolitanisme et indexicalité des rapports de race et de classe dans une association panafricaine à Paris

  • 15 November 2018
    Talk of Edwige Traoré (Center of Scientific and Technical Research of Burkina Faso) on Chants de hochet des femmes senufo du Tagbara (Burkina Faso). Quand identifier un personnage hors contexte crée de la confusion ou de l'incompréhension (presentation by visioconference from Ouagadougou)
    Abstract in French:
    Les chants de hochet appelé sɩ̀càɣɛ́ en Tagba sur lesquels porte notre communication sont exécutés par des femmes senufo du Tagbara précisément celles de Mahon, village situé à l'ouest du Burkina Faso dans la province du Kénédougou. Le sɩ̀cànɛ́ correspond à la fois à un instrument de musique et à un genre musical joué par des femmes qui sont désignées après une séance de divination et qui suivent une phase initiatique spécifique à cette activité. Le répertoire de chants met en scène des personnages par l'utilisation de déictiques, de pronoms anaphoriques, d'images métaphoriques. L'utilisation de ces éléments pour identifier un personnage mis en scène crée des confusions ou des mauvaises interprétations si celui qui écoute n'a pas connaissance du contexte socioculturel et de la situation de communication dans lesquels les chants sont émis ainsi que les rapports sociaux que les membres de la société entretiennent entre eux.
    À travers cette communication, nous interrogeons l'indexicalité en tant que révélatrice de ces rapports sociaux. Il s'agira de montrer dans un premier temps, comment certains termes indexicaux comme les pronoms déictiques, les surnoms par exemple, peuvent être mal interprétés si l'auditoire ne fait pas appel au contexte de leur énonciation. Il s'agira de révéler ensuite, les rapports existant entre ces indices et les personnes concernées afin de voir ce qui, dans les usages langagiers des chanteuses, peut être source de confusion, d'incompréhension ou de mauvaise interprétation de la part d'un ou plusieurs auditeurs.

  • 11 October 2018
    Talk of Alice Fromonteil (Aix-Marseille University) on Dissonance indexicale. Créer la scène du récit dans les pratiques narratives à 'Uvea (Wallis, Polynésie occidentale)

  • 17 May 2018
    Talk of Stavroula Katsiki (université Paris 8) on undefinite title

  • 5 April 2018
    Workshop around Elinor Ochs & Alessandro Duranti (UCLA) works "Indexicalités et jeux de langage. Perspectives anthropologiques : sociale et linguistique", see here.

  • 15 March 2018
    Talk of Nathaniel Gernez (LESC) on Travailler en famille dans une pépinière de la région d'Iringa en Tanzanie : usages du plurilinguisme et indexicalité des rapports d'autorité

  • 15 February 2018
    Talk of Alain Sanou (université de Ouagadougou, Burkina Faso) on Indexicalités dans la littérature orale insurrectionnelle au Burkina Faso.

  • 7 December 2017
    Talk of Maho Sebiane (docteur en ethnomusicologie) on Pratique rituelle, discours et indexicalité : Réflexions préliminaires au croisement de l'anthropologie musicale et de l'histoire en Arabie orientale

  • 9 November 2017
    Talk of Bertrand Masquelier (Lacito) sur Indexicalités et contextualisations pragmatiques : les domaines (et objets) de recherche en anthropologie linguistique

  • 5 October 2017
    Talk of Kristin Vold Lexander (Center for Multilingualism in Society across the Lifespan, Oslo) on Indexicalités à l'oral et à l'écrit - exemples sociolinguistiques
    Abstract in French:
    Les relations entre pratiques langagières et rapports sociaux sont au cœur de la sociolinguistique, qui en étudie différents aspects, en fonction des approches. Ainsi, les études classiques de Willam Labov (1972) sur la variation phonologique et de Carol Myers-Scotton (1993) sur le marquage ont-elles contribué à isoler des marques précises d'indexicalité, alors que les travaux plus récents s'intéressent plutôt aux processus, s'inspirant en cela de l'anthropologie et de Michael Silverstein (2003). Les travaux de Jan Blommaert et sa notion de «orders of indexicality» (2007) ont notamment suscité nombre d'analyses sur les constructions identitaires en interactions langagières, aux niveaux tant local que global. Barbara Johnstone et al. (2006), par exemple, décrivent les processus historique, idéologique et personnel qui ont pu former le dialecte de Pittsburghese. Dans cette présentation, je chercherai à cerner de plus près le développement du terme d'indexicalité et à déterminer son usage actuel, à travers des exemples qui illustrent ses divers emplois (tirés de son terrain au Sénégal). J'inclurai aussi des travaux portant sur les pratiques écrites, comme les paysages linguistiques (Lanza et Woldemariam 2014), aspect moins étudié que celui des pratiques orales.

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